Comment devenir guide à cheval au Costa Rica ?

La première nuit avait passé et il était désormais temps d’attaquer les choses sérieuses. Pour te resituer le contexte je suis arrivée au Costa Rica en tant que volontaire pour venir en aide à Martine et Heiner. Martine est une jeune femme d’une trentaine d’années. Elle avait posé ses valises à Sámara il y a six ans après avoir parcouru le globe en sac à dos. Elle est venue ici pour des vacances, a rencontré Heiner et n’est jamais repartie. Ensemble, ils ont créé il y a deux ans une compagnie d’excursions à cheval : Sámara Explorer Tour. Ils sont partis de rien. Heiner était ébéniste passionné de chevaux et Martine, bien que novice en matière équine, avait la fibre entrepreneuriale. Ils ont débuté en louant des chevaux puis, devant le succès grandissant, ont commencé à investir en achetant trois chevaux, puis quatre jusqu’à obtenir, deux ans plus tard, un cheptel de treize équidés.

 Lorsque j’ai contacté Martine pour lui proposer mon aide sans réellement connaître son activité, elle a tout de suite accepté. En effet Martine était enceinte de six mois et de ce fait son statut de guide à cheval a été mis entre parenthèse. Depuis plusieurs mois, Heiner assurait seul les tours sans pouvoir s’octroyer de jours de repos. Eux cherchaient une personne volontaire, courageuse et forte, que dis-je, une personne incroyable et moi j’étais en quête d’une nouvelle aventure. C’est donc tout naturellement que le destin nous a réuni.  

Et c’est comme ça que mon aventure de guide à cheval a débuté.  

Le réveil sonne, il est 6H00. Bon, en réalité il est 5H du matin. Mon portable ne s’est pas mis à l’heure locale et j’erre comme ça pendant une heure en attendant que tout le monde se lève sans comprendre pourquoi ils n’arrivent jamais. Une heure plus tard, Heiner vient me rejoindre et se moque largement de mon faux départ.  Quoiqu’il en soit nous embarquons sur son scooter en direction du champ où sont parqués les fidèles destriers.

Toujours sur le deux-roues nous pénétrons dans le pré. Heiner continue d’accélérer en donnant de généreux coups de klaxon pour alerter les troupes de notre arrivée.

Le jour se lève et l’océan se dessine au fond de la prairie tandis que les chevaux accourent au grand galop. C’est une image magnifique de simplicité et de liberté.  

C’est l’heure des présentations tandis que nous les attrapons un par un. Heiner fait ça avec tant de facilité, les chevaux l’écoutent au doigt et à l’œil.  Je rentre à pied en guidant Hercule et Princesa, laquelle seradésignée comme ma monture habituelle (coïncidence ? Je ne pense pas.) Très vite, Heiner me double avec un large sourire comme pour me chambrer, il manie d’une main l’engin motorisé et tient de l’autre les cinq chevaux particulièrement coopératifs.

Une fois arrivée dans le patio de la propriété, il me montre étape par étape sa routine pour préparer tout ce beau monde avant que les clients n’arrivent pour l’excursion. Je regarde, j’apprends, dans quelques jours je serai amenée à réaliser les préparatifs toute seule et, comme à chaque fois que l’on me confie une mission, je ne veux pas les décevoir.

Il est 8H00, le soleil est déjà chaud. Les touristes viennent d’arriver, ils sont américains. Si Heiner maitrise l’anglais en plus de son espagnol natal, ce n’est absolument pas mon cas. J’écoute Martine donner les dernières explications et consignes de sécurité et je ne peux m’empêcher d’imaginer la scène folklorique où je devrai également m’occuper de donner ces indications en anglais. A ce même moment défile dans ma tête l’image d’un client, n’ayant pas compris mes explications, trainé au sol par son cheval lancé au galop tandis que je leur cours derrière pour tenter de stopper ce marasme. Martine me ramène à la réalité en m’invitant à aider les clients à s’installer sur leur monture. 

8H30 nous partons. Heiner est en tête de peloton et je ferme la marche. En réalité j’ai l’impression de faire partie du groupe de touristes puisque c’est la première fois que je découvre le parcours et puis ça faisait deux ans que je n’étais pas montée sur un cheval.. A cet instant mon objectif premier est de faire bonne figure et de ne surtout pas tomber de ce cheval.

La balade débute dans la forêt. Grâce au climat tropical, la faune est incroyablement colorée et variée. Des fleurs rouges, violettes, roses, jaunes égayent notre passage. Les arbres de toutes les formes et de toutes les tailles abritent en leurs seins des animaux en tout genre qui n’ont d’ailleurs pas peur de manifester leur présence, à commencer par une famille de singes. 

Le sentier conduit au sommet d’une falaise qui surplombe l’océan. S’offre à nous une vue imprenable à 180 degrés sur Sámara, l’île de Chora et une plage secrète accessible uniquement à pied. Une légère brise provenant de l’océan nous effleure comme pour nous aider à supporter la force du soleil. Nous poursuivons notre route dans la jungle en direction de la plage. Jusqu’ici, aucun incident à déplorer, je suis toujours en vie positionnée sur mon cheval, lequel semble également se porter à merveille.

Après  avoir traversé une rivière nous arrivons sur la plage de Buena Vista. L’endroit est littéralement désert. Heiner nous explique que personne ne vient se baigner ici car les courants sont trop forts. Seuls quelques surfeurs et pêcheurs viennent braver le danger. Avant de nous lancer au grand galop sur la plage et dans la mesure où nous montons façon Western (sans mords pour les chevaux), Heiner nous donne quelques dernières précisions sur la technique à adopter. J’écoute religieusement, je n’ai jamais monté comme ça auparavant.

Le groupe se lance au grand galop, à ma gauche les vagues viennent se fracasser sur le sable, à ma droite des palmiers à perte de vue. L’horizon est épuré, la plage est à nous. Les couleurs sont incroyables.  D’aussi loin que je me souvienne je ne crois pas avoir ressenti un sentiment de liberté aussi intense auparavant. Je réalise que ce sera mon travail pour les prochaines semaines à venir. Je suis une privilégiée.

La vie est tellement surprenante parfois. Il y a un an j’étais enfermée entre les quatre murs de ma chambre pour préparer mon examen et, aujourd’hui, je me retrouve à galoper sur une plage déserte du Costa Rica. Si on m’avait dit ça quelques mois auparavant, j’aurais probablement éclaté de rire. Comme quoi, on a beau essayer de planifier l’avenir, tirer des plans sur la comète, l’univers (appelez ça comme vous voulez en fait) continue de jouer son œuvre. Et, comme pour nous rappeler que nous ne sommes finalement pas grand chose, il s’immisce parfois dans notre vie pour en chambouler le cours paisible. Parfois pour le pire, parfois pour le meilleur. Je crois que tout dépend en réalité de la manière dont on décide d’interpréter les événements et d’y réagir. Beaucoup m’ont dit que j’avais de la chance d’être ici, de vivre cette expérience. Je ne crois pas que ce soit que de la chance. Partir c’est la réponse que j’ai décidé de donner après mon échec. J’ai choisi d’être ici, j’ai provoqué tout ça. Et je pense que c’est une des grandes leçons que j’ai apprises cette année : si une situation ne te convient pas et même si tu ne peux pas la changer, tu peux au moins décider de la manière dont tu vas la traverser.

La balade s’est terminée dans un calme olympien après que nous ayons pris une pause pour déguster des fruits assis face à l’océan. Les touristes étaient conquis (moi aussi). Ils m’ont même donnés un pourboire alors que c’est tout juste si je n’ai pas eu l’impression d’avoir débarqué avec eux le matin même. 

Au final tout s’est bien passé. Les jours qui ont suivi, j’ai continué à aller avec Heiner durant les excursions pour notamment apprendre ce qu’il raconte aux touristes sur la faune et la flore afin de pouvoir par la suite à mon tour étaler ma science. Car très vite, j’allais me retrouver seule à gérer un groupe de chevaux affublés de touristes dont je ne parle pas la langue pour les guider dans un pays que je ne connais pas… Tu en voulais de l’aventure Zézé ? Tu es servie.

A très vite,

Alizée

7 commentaires sur « Comment devenir guide à cheval au Costa Rica ? »

  1. Je ne me remets pas de la scène imaginaire avec le client traîné par le cheval .. mon dieu je la vois ta tête devant ce massacre !! C’est la même que celle lors de notre naufrage au large de Porto avec Cap’taine Jouls😂
    Toujours aussi bien tes récits ma ziz 😍 tu as même conquis le cœur de Pierrot ! +1fan

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    1. Merci ça me fait tellement plaisir et de savoir que j’ai réussi à embarquer Pierrot dans l’aventure.. je suis doublement fière !! Bisous à vous deux 😘

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