Ma vie, cette comédie musicale !

Les jours se sont succédés à une vitesse folle. J’ai été littéralement happée par ce nouveau quotidien rempli de rencontres, animé d’activités, rythmé de musique, débordant d’euphorie, vivifiant de nature, savoureux de liberté. Je te souhaite profondément de connaître ce sentiment de plénitude absolue qui m’a accompagné durant ces dernières semaines.

Tout d’abord et parce que je sais que mon dernier article t’a laissé pantois quant à mon statut de guide à cheval ; je te confirme que les jours qui ont suivi, j’ai effectivement pris les rênes des excursions (oui le jeu de mot c’est cadeau, ça me fait plaisir). Ma première sortie en tant que guide unique restera, si ce n’est dans les annales, au moins dans ma mémoire tant je me suis sentie incroyablement incompétente.

Même s’il est vrai que je connaissais le parcours comme ma poche pour l’avoir fait plusieurs fois avec Heiner, j’ai eu plus de difficulté à enregistrer mais surtout retranscrire aux touristes mon « texte » sur la faune et la flore environnantes. Martine m’avait rédigé des notes en anglais sur plusieurs pages afin que je les apprenne et puisse les répéter, telle une 6e A subissant son premier oral de langue vivante.

Pour être sûre de n’oublier aucun terme technique, j’ai pris le parti de glisser soigneusement les précieuses fiches dans mon leggin. Dans l’idée je n’aurai qu’à les zieuter discrètement si un mot me manquait. Malheureusement, cette fulgurance s’est avérée inopérante lorsque, le moment venu, j’ai tenté de sortir les pense-bêtes. En effet, ces derniers avaient entre temps filé dans les méandres de mon pantalon, alors que j’essayais d’emmener mon cheval sur le droit chemin tandis que lui prenait incontestablement le gauche. L’opération s’est définitivement soldée par un échec lorsque dans un dernier élan de maladresse j’ai laissé échappé mes notes, lesquelles ont été joyeusement piétinées par l’ensemble de la cavalerie sous mes yeux ébahis. BREF, qu’importe, l’improvisation c’est 70% de ma vie de toute façon donc cette nouvelle étape n’allait pas déroger à la règle. Je me suis alors lancée à cœur et corps perdus dans un yaourt parfaitement inaudible pour donner des explications à mes chers touristes qui, de toute évidence, n’en demandaient pas tant… Heureusement, à force de répéter la même chose tous les jours, mon texte a fini par être maitrisé et parfaitement compréhensible. Je me suis même essayée à quelques blagues volées à mon mentor. Et même si cela m’a valu plusieurs moments de solitude ponctués par un « aaaaall right, follow me, we continue », j’ai, a maintes reprises, fait rire mon assemblée ; ma fierté se trouvant, à cet instant T, à son paroxysme !

J’utilise beaucoup l’autodérision mais en réalité la majorité des excursions se sont déroulées à merveille. Mon quotidien se résumait à guider des personnes dans des lieux paradisiaques et les regarder sourire, profiter, s’émerveiller… Je dis la majorité et non la totalité car évidemment toute règle a son exception. En effet, ça aurait été trop facile si l’une de mes sorties ne s’était pas ponctuée par la chute d’un client. Deux chutes vous dites ? Bon OK deux chutes et puisqu’ils s’en sont finalement sortis indemnes, je veux bien vous conter ces deux hécatombes consécutives.

Ce tour se composait d’une jolie petite famille américaine. (Tu te souviens peut-être de ma hantise imaginaire dans mon précédent article ; eh bien nous y étions en plein dedans) : En arrivant sur la plage, je propose machinalement à mes clients de finir l’excursion en apothéose par un galop sur le sable fin. Tous acceptent dans une excitation à peine contenue. Et, alors que je finis de donner les dernières consignes de sécurité dans l’indifférence générale, Dylan, à peu près aussi grand que large, le cadet de la famille, s’élance avec son cheval. Je comprends immédiatement au regard de sa posture que Dylan allait très prochainement défier les lois de la gravité et… perdre ! Son corps penchait irrémédiablement sur la gauche de manière inversement proportionnelle à l’avancée de sa monture. C’est ainsi que, sous mon regard impuissant et celui de sa famille, Dylan a chuté, FORT ! Après l’avoir consolé, lui qui n’était plus que larmes et sable et, alors que je venais de le remettre sur son cheval ; son père, qui se prenait pour un Cowboy depuis le début du tour, a entrepris de descendre de son cheval pour jouer à l’archéomalacologue (mais si tu sais celui qui étudie les coquillages). Jusque-là tout allait bien mais c’est lorsque ce dernier a entrepris de remonter sur son cheval que l’univers lui a répondu un grand NON.

Le pied posé dans l’étrier, il a balancé sa jambe pour se propulser sur le dos de l’animal sauf que la selle a vrillé sous son poids. Le tout de l’opération a fait perdre l’équilibre au cheval lui-même. Je ne sais par quel miracle super Daddy ne s’est pas retrouvé mort, écrasé sous ce pauvre Hercules. La scène était déjà très grotesque mais nous avons incontestablement touché le fond lorsque super Daddy nous a tous planté là et est allé s’asseoir seul, face à l’océan, pendant une dizaine de minutes. Sa femme m’expliquant alors que dans ces moments-là « it’s better to leave him alone ». Génial… Il a donc fallu attendre que Monsieur Susceptible ait fini de faire le point sur sa vie pour enfin mettre un terme à ce cirque incommensurable et regagner  chacun le cours de nos vies. Inutile de préciser que cette fois là, je me suis assise sur mon pourboire !

Fort heureusement toutes les autres excursions que j’ai effectuées se sont déroulées à merveille. Ce que j’ai le plus adoré c’est d’avoir l’opportunité de rencontrer des personnes venues du monde entier (Asie, Océanie, Europe, Amérique… quelle richesse de culture). Ma rencontre la plus improbable restera Ephraïm.

Ephraïm est un américain vivant à New-York. Il est venu au Costa Rica pour quelques jours. Jusque-là rien d’extravagant. Puis vient le moment où je lui demande ce qu’il fait dans la vie ; et là, il me répond avec un naturel déroutant : « Je joue le premier rôle dans une comédie musicale à Broadway. » (A savoir Mickael Jackson dans « MJ : The Musical »). Donc à ce moment précis j’étais à deux doigts de sauter de joie sur mon cheval. Vous ne le savez peut-être pas mais je suis une grande fan des comédies musicales. J’ai eu la chance d’en voir plusieurs dans ma vie dont deux à Broadway et à chaque fois j’étais comme une enfant.  En réalité, j’étais tellement impressionnée que la seule chose que j’ai trouvé à lui répondre c’est : « Ah c’est cool ! » … Je lui ai dit AH C’EST COOL punaise, en ne prenant même pas la peine de le traduire en anglais d’ailleurs. Thanks god, j’ai rapidement retrouvé mes esprits et nous avons poursuivis cette conversation surréaliste jusqu’à la fin de l’excursion.

Une fois rentrés, je devais m’occuper des chevaux si bien que je n’ai pas eu le temps de lui dire au revoir. Je me suis dit que c’était dommage parce que c’est pas tous les jours que l’on rencontre Michael Jackson; mais de toute façon il devait vouloir être tranquille compte tenu de son rythme de vie. Comme pour tous les touristes habituels, je me suis donc contentée de lui envoyer un mail avec toutes les photos de la balade en lui souhaitant une belle fin de séjour et DEVINEZ QUOI ? Il m’a immédiatement répondu en me proposant d’aller boire un verre ! J’aime tellement quand les hasards de la vie jouent leur partition et viennent chambouler le cours paisible du quotidien.

La vie ici est incroyable, elle est si simple et pourtant si intense ; ici ils disent « con poco pero con mucho »… Je ne pourrai pas mieux dire !

A très vite,

Alizée

2 commentaires sur « Ma vie, cette comédie musicale ! »

  1. Non seulement et je vais encore me répéter, tu écris formidablement bien mais en plus tu sais faire passer ton lecteur du rire aux larmes et ça Zézé ce n’est pas donné à tout le monde !
    J’attends avec impatience le récit de ton retour qui ne s’annonce apparemment pas facile mais …..

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  2. Superbe!
    je te trouve un joli talent de conteuse. Tu sais nous tenir en haleine. À cultiver absolument pour notre plaisir mais aussi pour le tien qui se perçoit nettement au travers de tes écrits surtout quand tu parles du vécu de tes propres aventures, pour le moment.
    La vie est tellement juste et merveilleuse même quand elle nous bouscule et tu l’as capté. Bravo!
    Je te souhaite un retour enrichissant et j’espère pouvoir échanger avec toi en direct quand tu seras parmi nous, maintenant capable de suivre ton chemin joyeusement, sans savoir où il te mène mais avec la certitude de la justesse des ses péripéties même si tu ne sais où il te mêne.

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