Tel le phoenix qui renaît de ses cendres !

J’ai rencontré Roxane cette année alors que nous étions toutes les deux fille au pair à New-York. Elle a 25 ans et sillonne le globe depuis de nombreuses années. Pétillante, pleine de vie et d’empathie elle m’a raconté son histoire qui n’a pas toujours été rose et j’en ai fait un article parce que ça nous arrive à tous de toucher le fond. Elle nous partage aujourd’hui le déclic qui lui a un jour permis de rebondir et  de s’extirper de ses peurs :

En 2018, ça faisait six années que j’étais en couple. J’ai rencontré mon copain à une période de ma vie où j’étais au plus bas. Je venais d’être déscolarisée du lycée parce que psychologiquement je traversais une période très compliquée, je ne savais pas où était ma place et je n’avais plus la force d’avancer. Je ne supportais plus de souffrir allant même jusqu’à envisager le pire. Traverser une nouvelle journée de brouillard était un supplice. Je ne voyais aucune porte de sortie, je n’avais plus goût à rien. Je me sentais incapable, l’ombre de moi-même. Cette souffrance psychologique était comme un cancer de l’âme, elle volait chaque jour un peu plus ma force et mettait à l’épreuve ma volonté de VIVRE. C’est atroce de se dire qu’à même pas 18 ans tu as perdu espoir au point d’être persuadée que la seule issue c’est d’en finir.

Quand j’ai rencontré mon copain à ce moment-là, il a été pour moi une vague d’oxygène dans ce carcan qui se resserrait sur moi. Je me suis accrochée à lui pour tenir bon, pour m’en sortir. Il avait besoin d’une personne qui dépendait de lui, moi j’avais profondément besoin d’exister à nouveau. Les premiers mois ont passé dans cette illusion qu’avec lui je pourrais m’en sortir mais très vite, et avec son aide, j’ai continué de m’éteindre. Les antidépresseurs et anxiolytiques étaient les ultimes remparts à ma chute. Je ne compte plus le nombre de crises d’angoisses que j’ai du affronter.

La crise d’angoisse est une sensation tellement atroce psychologiquement qu’elle en devient même douloureuse physiquement. Elle frappe sans prévenir, pour aucune raison particulière. Ton cœur s’emballe si fort qu’il pourrait exploser ta poitrine, tu suffoques, tu as la sensation d’étouffer, tu perds la notion des choses, le contrôle de tes émotions et il t’est impossible d’être rationnel. C’est pourquoi, même si cette relation me tirait inévitablement vers le bas, il m’était inenvisageable de le laisser. Je n’en avais pas la force. Avec le recul je comprends que notre couple ne pouvait pas avoir d’avenir. Comment trouver une stabilité amoureuse saine et pérenne quand déjà ta relation avec toi-même est particulièrement nocive et que l’autre te maintient sous son joug ?

Lorsque j’ai formulé l’envie de voyager, il a acquiescé à condition qu’après notre périple de plusieurs mois j’accepte de vivre avec lui. Notre couple était rançonné, conditionné. Finalement, ce premier voyage m’a permis de reprendre espoir et de me relever, il a alors accepté de continuer à voyager avec moi. Nous partions plusieurs mois chaque année. Au fur et à mesure j’ai repris force et confiance si bien qu’il voyait que j’évoluais et que je n’étais plus aussi dépendante de lui qu’avant. Plus j’avais la sensation de vouloir m’en sortir plus je comprenais qu’à ses yeux ce qui lui plaisait c’était que j’étais faible et vulnérable et qu’il fallait que je le reste. La vie a continué comme ça et malgré tout les voyages m’ont changée. Ils m’ont sauvée. Après plusieurs années j’ai même réussi à me libérer en supprimant mon traitement d’antidépresseurs et de xanax.

En 2018 alors que nous devions partir en Amérique du Sud, j’ai finalement trouvé la force de le quitter après six longues années de relation malsaine, de dépendance. Comme tu peux l’imaginer, la période post rupture a été compliquée parce que je doutais en permanence. Parce que mes angoisses étaient toujours présentes et que je n’arrêtais pas de me répéter que j’avais sûrement commis une erreur. Et puis, du jour au lendemain tu te retrouves inévitablement seule avec toi-même, tu n’as pas tellement d’autres choix que de faire un peu d’introspection et c’est particulièrement douloureux de devoir se confronter à tout ce que tu n’as pas voulu voir toutes ces années.

Malgré la difficulté de ma rupture j’ai refusé de me laisser couler une nouvelle fois. J’avais cet amour profond pour le voyage mais l’idée de partir seule restait inenvisageable. Mon quotidien se déroulait au rythme de mes angoisses. Dès qu’une situation m’échappait le stress m’envahissait et semblait prendre possession de mon être tout entier. Je doutais de tout et en particulier de moi. C’est terrible en réalité de s’apercevoir que tu es dépendante affectivement des autres parce que tu ne te fais pas confiance.

Pour combattre ma peine et comme mon road trip en Amérique du sud était annulé, j’ai décidé de partir en voyage au Mexique avec une copine. Deux semaines plus tard, elle m’annonçait finalement qu’elle ne pouvait plus partir. Une seconde fois en l’espace d’un mois, mon projet tombait à l’eau. Je sentais pourtant que j’avais profondément besoin de changer d’air sans toutefois trouver le courage de partir seule. J’ai alors commencé à suivre des groupes de voyage sur les réseaux sociaux dans l’idée de me trouver des compagnons de route. J’ai sympathisé avec Florent, un jeune français qui partait pour se lancer dans un Road Trip en Australie. Il m’a proposé de venir avec lui. J’ai évidemment refusé, par peur, par méfiance. Parce que c’est ce qu’on t’apprend quand tu es jeune, à te méfier de l’autre, l’autre est forcément dangereux…

Une nuit où je n’arrivais pas à dormir, encore une, une de trop, j’ai regardé les billets d’avion pour l’Australie. Je ne sais pas si c’était sous l’impulsion de la fatigue, la rage de ne plus vouloir subir ma peur ou le ras le bol de toujours attendre après les autres mais j’ai pris ces billets. C’était un mercredi, il était 5h du matin et deux jours plus tard je prenais la direction de Melbourne. Dans l’avion, je me suis d’abord demandée ce qui m’avait pris. J’allais me retrouver seule à l’autre bout du monde, moi qui n’étais même pas capable de l’être chez moi.  Et puis, sans vraiment comprendre comment, j’ai lâché prise, ENFIN ! J’ai ressenti un sentiment de soulagement, de liberté et de fierté. J’avais réussi à m’affronter. Malgré mes peurs, malgré mes angoisses, malgré tous mes blocages je suis partie seule. Et je peux te dire que le jour où tu arrives à te combattre toi-même, tu deviens inarrêtable !

J’avais réservé dans une auberge de jeunesse parce que c’est quand même LE lieu de sociabilisation par excellence. Dès le premier jour, un français, Rami, m’a proposé de me joindre à sa bande de potes composée uniquement de garçons. Dans un premier temps j’ai refusé, je n’avais aucune envie de passer mon séjour avec des mecs et qui plus est des français… J’ai finalement décidé d’accepter de les rejoindre pour un apéro et on ne s’est plus quitté, un véritable coup de foudre amical. Le plus fou dans tout ça c’est que Rami venait de Nice, comme moi.

En parallèle, je partageais ma passion pour les photos de voyage sur les réseaux sociaux et j’ai rapidement acquis une communauté. J’en suis même venue à organiser des rencontres avec les personnes qui me suivaient. Moi, Roxane, la personne qui avait peur de tout, j’organisais des rencontres avec des voyageurs du monde. De ces rencontres sont nées quelques amitiés sincères et la plupart font toujours partie de ma vie aujourd’hui.

C’était incroyable de vivre toutes ces expériences avec eux. J’avais l’impression de les connaître depuis toujours. Notre relation était simple, sincère et bienveillante. Cette légèreté m’a tellement fait du bien. Elle m’a permis d’avancer et de laisser le passé derrière moi, une bonne fois pour toutes !

Alors que mon voyage touchait à sa fin, je sentais au fond que ça ne pouvait pas se terminer comme ça. J’avais enfin trouvé la paix, la quiétude. Rami m’a aidé à ouvrir les yeux sur ça. En me posant le bonnes questions il m’a permis de réaliser et surtout d’affirmer que je ne voulais pas partir.  Rien ne m’attendait en France, ni travail, ni relation et même s’il y avait eu une raison de rentrer, elle n’aurait jamais été plus importante que mon bonheur retrouvé. Ce qui est génial quand tu commences à t’écouter c’est que la vie devient plus facile. Alors c’était bien beau d’avoir pris cette décision de rester mais encore fallait-il trouver un plan pour continuer car j’avais un visa touristique et plus un sou en poche. La magie des réseaux sociaux a, une fois de plus, opéré. J’ai trouvé des annonces de familles qui recherchaient une fille au pair. J’ai postulé et je suis partie du principe que si le résultat était concluant c’est que la vie m’envoyait un signe pour rester. Après plusieurs entretiens Skype inopérants avec différentes familles j’allais laisser tomber quand je suis tombée sur une ultime annonce. En postulant j’obtenais un entretien le lendemain, c’était un jeudi à 17h sachant que mon vol retour vers la France était le vendredi à 7h du matin…

Lorsque je me suis rendue à l’entretien je suis arrivée dans une propriété d’une luxure à peine croyable. Au fur et à mesure du rendez-vous je comprends que les parents me proposent de garder leurs enfants et d’être la gouvernante de la maison (du palace). En échange j’aurais un très bon salaire, mon appartement indépendant et une Mercedes de fonction. Et évidemment ma première réflexion a été de me dire que c’était une arnaque, que c’était trop beau pour être vrai. Je réalisais que je prenais un risque énorme en acceptant car si je décidais finalement de ne pas prendre mon vol et que ça se passait mal, je n’avais plus d’argent pour me payer un autre billet retour. Malgré tout j’ai décidé d’écouter mon intuition qui me hurlait de rester et de saisir cette opportunité. Et j’ai bien fait parce que je suis restée six mois de plus en Australie. Six mois de rencontres, de découvertes, de liberté. Six mois durant lesquels j’ai appris à me connaître, à m’aimer, à me faire confiance. La magie dans toute cette histoire c’est que j’ai eu le déclic et depuis je n’ai plus jamais douté, mes angoisses, mes blocages se sont envolés. En réalité ce n’est pas de la magie, j’ai changé d’état d’esprit envers les autres, envers moi-même.

Je vous disais plus haut que l’on nous a appris en général à se méfier de l’autre, de celui qu’on ne connaît pas. La réalité c’est que j’ai parcouru le globe et que pas une seule fois je ne me suis sentie en insécurité. Et plus les kilomètres passaient plus j’avais confiance en moi et de ce fait en l’autre. Parce qu’évidemment il y  a des situations à éviter, le risque zéro n’existe pas mais dans la grande majorité les gens sont bienveillants.

Sur ta route tu rencontreras des personnes dont la personnalité fera particulièrement écho en toi et te permettra de t’élever un peu plus. Tu auras la sensation d’être au bon endroit, au bon moment. Alors ose, fais ce que tu as toujours rêvé de faire, n’attends pas les autres, personne ne viendra te chercher !

Alizée

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