Donner du temps au temps, un conseil prodigué comme une réponse magique aux maux provoqués par la souffrance ; quand les mots ne suffisent plus. Tout le monde a déjà entendu cette phrase, peut-être même… Plus
Mes aventures
Mayotte: Les odeurs de la vie sur l’île aux parfums
A perte de vue le canal du Mozambique, membrane de vie de l’océan indien. Réserve de trésors sous-marins, habité par la barrière de corail peuplée par des milliers d’espèces dont les couleurs émerveillent même les plongeurs les moins aguerris (moi). Laissant derrière nous la baie de Mayotte, nous voguons sur nos kayaks cap sur l’îlot Choizil. Le temps semble s’être arrêté dans la petite crique qu’il renferme. Un groupe d’amis s’est déjà emparé de la tranquillité des lieux, une bière à la main. Refaisant le monde dans cet espace privilégié où plus rien ne semble plus important que de vivre, ils nous invitent à les rejoindre comme pour devenir les complices de ce moment hors du temps. Le sable est d’un blanc insolent et épouse parfaitement les courbes azures des vaguelettes chauffées par le soleil qu’aucun nuage n’a décidé de contrarier. Devant nous, la végétation incroyablement verdoyante de l’îlot est contrastée par la terre ocre qui culmine pour offrir un point de vue à couper le souffle. Le jour est invité à laisser place à la nuit tandis que le soleil quitte peu à peu le paysage et nous encourage à rentrer. Sur le retour, nos coups de pagaies sont guidés par l’appel à la prière qui retentit depuis les mosquées qui habillent le bord des plages. A ce moment-là, si la sérénité avait eu un visage elle aurait eu celui des couleurs de la baie en fin de journée, celui de l’air réchauffé par les alizés (incroyable, ce vent), celui de ces villageois dansant sur des airs malgaches en préparant le repas du soir fraichement pêché. Oui, à ce moment-là, si la sérénité avait eu un visage, elle aurait eu celui de Mayotte.


Pourtant cette île, aux abords si paisibles, est ulcérée depuis plusieurs années par l’insécurité croissante. Elle s’y distille comme un poison et trône désormais en reine. Dès le premier jour, il m’est fermement recommandé de ne pas me promener seule. Les randonnées doivent se faire à plusieurs, armées, si possible, d’une machette. Circuler la nuit, même véhiculé, semble s’apparenter à de l’inconscience parfois sanctionnée par des barrages humains. Les pierres sont devenues leurs mots ; projectiles témoins de la colère qui consume désormais les rapports humains. Dans certains villages, des milices se sont créées pour palier à la défaillance de l’État qui ne cesse pourtant de mobiliser des effectifs, en vain.
Tous les jours des migrants sont renvoyés aux Comores par la Police aux frontières. Mais ils reviendront. Inlassablement ils reviennent parce que de leur quotidien le futur est exclu. Le respect des frontières est un concept bien dérisoire lorsque, guidé par la misère et la faim, chaque choix devient une question de survie pour soi, pour sa famille, pour ses enfants. Aucune réponse ne semble être la bonne face à cette valse d’Oizys. Partout des logements de fortune apparaissent. De la terre, de la taule, tout peut servir pour constituer un refuge qui sera le témoin de la tragédie qui se joue au sein de ces familles, à l’abri des regards.
L’administration ploie sous les demandes intarissables et dévoile alors ses limites, ses incohérences. Il n’y a pas de place dans les écoles, il n’y a pas d’emploi, il n’y a pas assez de logements. Le droit des étrangers n’a de légal plus que le nom. Pris à la gorge, les agents publics usent de tous les stratagèmes pour repousser les demandes de titre de séjour face à des personnes qui ne connaissent rien de leurs droits, qui n’ont pas même conscience d’en avoir. Que deviendra Mayotte ? La paix de l’île est en sursis et ne durera pas éternellement dans ces conditions. La violence, désormais unique porte-parole de l’épuisement général, s’intensifie. Mahorais, Comoriens, Malgaches, forces de l’ordre, tous les intérêts sont compréhensibles et semblent pourtant si inconciliables.
Dans ces généralités, il est facile d’oublier que derrière cette masse se cache des êtres humains qui ne demandent qu’à vivre décemment. Je rencontrerai comme ça Andhubati et ses six enfants, perchés en haut d’une collinette où s’amassent plusieurs familles dans des abris que la décence m’empêche de nommer logements. Andhubati est comorienne et à Mayotte depuis son enfance. Ses enfants sont français, sauf le dernier. Dans leurs yeux la malice et sur leur visage de magnifiques sourires indélébiles. En les regardant me dévisager, je m’interroge : Ces rictus sont-ils la marque de l’innocence de l’enfance qui se fanera à mesure que le temps écorchera leur vie ? Ou celle de leur résilience à être heureux coûte que coûte puisque c’est la seule chose qu’on ne pourra pas leur voler ?

Durant mon séjour, j’ai également croisé la route de Famela, jeune maman de 5 enfants. Elle aussi est comorienne. Nous avons le même âge. Sans détour, elle m’a livré son fardeau. Celui de ses grossesses non désirées, de ce copain violent et même parfois violant. De son combat pour lui échapper, lui son bourreau garant de sa sécurité. Parce que fuir un homme dans ces conditions, dans cette culture, c’est se priver d’un revenu. Oui cette fuite à un prix. Un prix qu’elle m’expliquera devoir payer avec son corps pour nourrir ses enfants. Nos échanges ont la violence d’une gifle cruellement nécessaire. Je me sens si illégitime à côté d’elle quand entre nous, dans le fossé creusé par le hasard des naissances, retentit l’écho de l’injustice.
Dans ce fatras, la vie continue. Elle jaillit de tous les côtés, dans la musique, dans les odeurs de l’île aux parfums, dans ses couleurs, sa cuisine et ses paysages aussi. A Mayotte, de nombreux expatriés de métropole, souvent des professeurs ou des membres du corps médical. Investis dans le quotidien de leurs élèves, de leurs patients, ils sont les témoins de ces destins sacrifiés. Leur dévouement magnifique et précieux se veut l’allégorie parfaite de l’effet papillon.

Au sommet du Mont Choungui, les préoccupations semblent loin, il n’y a de nouveau que la beauté et la sérénité de l’île. Un 360° de lagon turquoise, de villages colorés mêlés à la forêt tropicale, à perte de vue l’écrin de tranquillité bouillonnant laisse subsister une question : Que deviendra Mayotte ?

Alizée
Traversée du désert
J’ai commencé ce blog sur un coup de tête. Je venais de rater l’examen d’entrée à l’école d’avocat (CRFPA) et j’avais décidé de partir pour tenter l’aventure de jeune fille au pair aux États-Unis. L’épopée s’était poursuivie de manière totalement improvisée jusqu’au Costa Rica où j’ai fait du volontariat. J’ai adoré écrire pour raconter mes péripéties et les partager.
Je m’étais dit en quittant la France que ce ne serait que pour quelques mois et qu’au début de l’année 2020 je rentrerai pour me reconcentrer sur le CRFPA. Sauf qu’après avoir goûté à la liberté du voyage en solitaire et foulé le sol costaricain, je n’avais plus aucune envie de rentrer. Encore moins pour passer cet examen. C’était décidé, mon sac à dos et moi-même partirions à travers l’Amérique du Sud voguant au rythme des rencontres, de volontariat en volontariat. PENSE… une épidémie mondiale plus tard, j’ai surtout vogué à l’insu de mon plein gré vers l’avion de rapatriement pour la France.
S’en sont suivis quelques mois de « traversée du désert » psychologique, un joli condensé de « qui suis-je, où vais-je, que fais-je ». Pourtant de nature optimiste, ça n’allait pas. Je me détestais d’autant plus que j’avais tout pour être heureuse ; je suis une privilégiée surtout comparé à ce que j’avais pu voir à l’étranger. J’ai la chance de toujours pouvoir rentrer à la maison, ma famille et mes amis sont d’un soutien sans faille. Pourtant ça n’allait pas. Je crois qu’une nouvelle fois c’est la peur qui était à l’origine de tous ces maux. Le CRFPA allait de nouveau se jouer dans 5 mois et cette fois-ci en cas d’échec je n’avais aucun plan B et m’enfuir à l’autre bout du monde était désormais inenvisageable. Mais alors qu’est-ce que j’allais bien devenir ? J’avais tellement peur de le rater une deuxième fois que j’ai failli ne pas y retourner. Outre mon entourage, je suis allée jusqu’à me convaincre moi-même que je ne voulais plus être avocate.
Le pouvoir des mots est tellement fort que j’y ai véritablement cru. Avec le recul quand j’y pense c’est fou toute cette énergie perdue à envisager le pire, à se flageller tous les jours quand, à l’inverse, j’aurais pu m’encourager et y croire, tout simplement. Pourquoi dans le doute toujours choisir de penser au pire ? Et de toute façon le pire c’est quoi ? Ne pas y arriver ? J’avais oublié tous les enseignements tirés de l’année passée, la capacité à rebondir, à se créer de nouvelles opportunités. J’avais oublié qu’il y a toujours d’autres solutions, d’autres chemins. La peur trônait au-dessus de ma tête, telle une épée de Damoclès, et semblait justifier les comportements les plus abjectes envers moi-même.
J’ai donc réussi à me persuader que je ne voulais plus faire ça, mieux encore je le disais à qui voulait bien l’entendre. Comme pour chercher à justifier à l’avance l’échec qui n’était même pas encore survenu. Quand j’y repense, ce comportement était aussi celui de la crainte de décevoir, de paraitre nulle, « pas assez » ou pas capable. Cette période de remise en question, sans la moindre perspective sur l’après, a duré plusieurs mois. Jusqu’au moment de passer l’examen en fait.
Ensuite j’ai décidé de rester à Paris. En attendant les résultats j’ai postulé pour faire un stage dans une start-up et me confronter au monde de l’entreprenariat. Ça a été une expérience super enrichissante et ça s’est tellement bien passé qu’il m’a été proposé de rester. Dans ma tête les écrits du CRFPA étaient loin et de toute façon je n’avais pas envisagé de pouvoir les réussir donc après les résultats il ne faisait aucun doute que j’accepterai la proposition. Sauf qu’entre-temps j’ai été admissible pour aller passer le grand oral et j’ai finalement été admise à l’examen. L’ironie de la vie parfois…
« Oublie que t’as aucune chance, fonce (…) », sacré visionnaire ce Jean-Claude.
***
Il est 3h du matin selon l’écran de mon siège. L’appareil est sombre et silencieux. Alors que rien n’est moins confortable qu’un vol de 10h en classe éco, tout le monde semble avoir trouvé le sommeil dans l’habitacle. Tout le monde sauf moi. La carte virtuelle indique que nous survolons actuellement l’Éthiopie. Je trouve toujours ça incroyable. En quelques heures d’avion on a la chance de pouvoir aller partout. J’aime imaginer la vie des gens en bas. Il y a tellement de choses à découvrir, à apprendre, de personnes à rencontrer.
Nous volons en direction de Mayotte au large de l’Afrique dans l’Océan indien. J’ai pris un billet un peu sur un coup de tête. Tous mes cours sont en visio, je devais rendre l’appart que je sous-louais à Paris et mes cousins vivent là-bas en tant qu’expatriés depuis deux ans maintenant. C’était le moment parfait. Un sac à dos bouclé et un test PCR négatif plus tard, j’embarquais vers une nouvelle aventure. Comme d’habitude, j’aimerais la partager avec vous ici. Qui sait, peut-être que certains seront convaincus par la vie d’expatrié à Mayotte et voudront tenter l’aventure (spoiler : c’est le feu).
A très vite pour lire mes premiers jours sur le sol mahorais.

Alizée
C’était mieux avant, ce le sera encore plus après.
J’ai du mal à éclaircir mes pensées pour te parler. C’est comme si depuis plusieurs mois tu nous maintenais volontairement et violemment la tête sous l’eau. Je voulais te dire que nous sommes tous épuisés de devoir faire front, éreintés de ne pas comprendre, las de ta folie. Lorsque nous nous sommes rencontrées pour la première fois, j’étais à New-York. Cette soirée du 31 décembre 2019, je décidais de laisser symboliquement derrière moi une année entière d’incertitudes à propos de mes envies, à propos du futur et de mon incapacité notoire à m’y projeter. Je t’attendais avec impatience 2020 et j’ai aimé notre rencontre. Elle était remplie d’espoir et je n’avais plus de crainte. J’avais confiance en toi. C’est avec cette légèreté que j’ai plongé dans l’aventure de tes jours. J’étais si heureuse, je n’anticipais rien et je me contentais de savourer chaque instant de chaque journée. Nous avons voyagé ensemble 2020. Tu m’as guidée jusqu’au Costa Rica. C’était un rêve. Tu m’as appris à suivre mon intuition et je ne n’oublierai jamais le sentiment de liberté que j’ai ressenti en osant m’écouter. Tout était merveilleux, les rencontres, la nature paradisiaque, les chevaux lancés au galop sur ces plages immenses et désertes, le Pacifique à perte de vue, les couleurs flamboyantes du ciel tandis qu’il disait adieu au soleil. Tu étais le symbole du plaisir retrouvé, celui des choses simples de la vie. Et dans cette mouvance de bonheur, j’ai lâché prise, pour la première fois depuis longtemps.
Et puis, tout a changé.
Mais que s’est-il passé 2020 ? Tu as fracassé le cours de nos vies tant et tant de fois cette année. C’était si soudain. Cette torpeur est d’une violence sans nom. Tu sembles volontairement ne pas vouloir nous laisser reprendre notre souffle. Nous suffoquons 2020. Accablés, dévastés, anéantis. Trop de personnes hurlent leur souffrance la peur au ventre. Cette peur qui vibre jusque dans leur chair désormais. Excédés. Tiraillés entre le deuil de ces personnes arrachés à nos vies, le deuil de cette vie d’avant et peut-être même le deuil de ce futur heureux qui semble se dérober chaque jour un peu plus.
Je pense à toi « petit four« , à ce que tu représentais et au vide abyssal que tu laisses. Je pense à toi Baptiste, à ta résilience, ta force et ton courage. Vos sourires me manquent, la légèreté de votre présence, le bonheur de votre compagnie, la sagesse de vos paroles, le réconfort de ces moments blottis dans vos bras. Tu as fracassé tant de choses 2020…
Tu nous as enfermés. Durant cet enfermement certains se sont retrouvés livrés en pâture au néant de leur vie. Leur maison est leur cellule, la solitude leur geôlier. Et ils ne peuvent plus fuir ce qu’ils ont refoulé et enfoui toutes ces années. Mais personne n’est préparé à affronter la soudaineté d’une telle violence 2020. Tu as éveillé ou renforcé la crainte de l’autre. Pour survivre il fallait se cloitrer, se recroqueviller dans un coin, comme un chien. Tu nous as balancés dans une ère où plus on aime une personne, plus il faut la fuir pour la protéger. Tu nous culpabilises de nous aimer. Tu as détruit ce lien social déjà si distendu. Tu as brisé tant de rêves, de projets, de vies. Pourquoi ?
Je voulais que tu saches que nous sommes des amoureux de la vie 2020, nous voulons sortir, nous voulons rencontrer l’autre de nouveau, vivre sans se soucier, boire à outrance, danser jusqu’à l’épuisement, nous voulons voyager, travailler, entreprendre et aider. Nous voulons célébrer, profiter et nous réunir à nouveau. L’euphorie embrasse notre corps tout entier à cette idée. Et c’est peut-être là, au fond, la leçon que nous devons retenir de toi. Ne plus jamais perdre de vue que rien n’est acquis. Que nous sommes malgré tout forts et capables de nous adapter au pire. Que rien ne dure et surtout pas le malheur. Qu’il faut oublier d’avoir peur et s’autoriser à risquer. Qu’il faut chérir et honorer chaque instant de la vie, se réjouir des choses simples, de ces moments passés ensemble. Et surtout aimer, inconditionnellement aimer parce que rien ne nous rend plus vivant finalement.
J’étais si heureuse de te rencontrer 2020 mais je ne te retiens pas.

Alizée
Lettre à toi,
Peut-être que je t’ai connu il y a peu, il y a dix ans ou il y a une éternité. Ami connu sur les bancs de l’école, dans une soirée trop arrosée, en courant derrière un train ou après un ballon, en France, à l’étranger. Ici ou ailleurs. Quoi qu’il en soit si tu lis ces lignes c’est que tu as compté de quelque manière que ce soit, j’en suis sûre.
Quand je regarde en arrière, quand je regarde le chemin parcouru, je ne peux m’empêcher de penser à toi, à l’impact que tu as eu dans ma vie. Ça n’a peut-être été qu’un instant, qu’un bref moment partagé ou au contraire des années d’aventures mais je sais que ça a compté. Je sais que tu as compté.
Je m’efforce au quotidien de construire quelque chose, de donner du sens à mes objectifs, à de vieux rêves, à ce qui me tient à cœur. Et la première chose que j’ai envie de faire c’est de t’en parler, d’échanger avec toi, d’avoir ton avis. Peut-être même que tu as fait partie de ces projets. Après réflexion, je suis sûre que nous en avons eu des tonnes. Des plans sur la comète parfois ambitieux, souvent irréalisables et peut-être même que notre volonté furieuse, notre déraison, notre passion commune nous a permis d’en réaliser quelques uns. C’est aussi ça que j’ai appris avec toi, j’ai appris à risquer, j’ai appris en regardant ton parcours ce que c’était que d’être fière de la réussite d’un être cher, sans le jalouser, sans l’envier. J’ai aussi appris en te regardant faire que ce n’était pas grave de tomber. Et j’espère avoir su t’aider à te relever toutes ces fois.
Parce que toi tu m’as aidée, peut-être même sans le savoir. Tu m’as aidée quand je doutais, quand rien ne marchait, tu m’as aidée quand tout le monde semblait aller de l’avant sauf moi ; avec un geste, une parole, ta présence. Et même si parfois ça a voulu dire que tu as dû me remettre à ma place, me bousculer dans mes acquis en sachant que ça me ferait mal mais que ça me permettrait d’aller de l’avant. C’est comme ça que j’ai su que tu étais quelqu’un d’important, quelqu’un de bien pour moi. Merci de m’avoir parlé même quand c’était dur à dire, dur à entendre. Merci aussi de t’être tu quand il le fallait. J’aime ton courage. J’aime la personne que je suis quand tu es là parce que je me sens libre. Libre d’être vulnérable.
Je repense aussi avec un large sourire collé sur le visage à nos aventures. Dois-je m’étendre sur ta capacité à nous entrainer dans les plans les plus foireux du monde ? Et ma capacité à te suivre sans rechigner. Bon OK en me relisant j’admets que c’est souvent MES plans ubuesques et TA résilience à me suivre quoi qu’il arrive. Merci pour ça aussi d’ailleurs… Ça me fait tellement du bien de repenser à tout ça. Je te jure, essaie. Repense à ce moment que nous avons partagé, à ces aventures que nous avons vécues. C’est laquelle ta préférée ?
Quoi qu’il en soit, j’ai hâte de découvrir ce que la vie nous réserve, je nous souhaite des aventures tous les jours, des éclats de rires partout, tout le temps, des surprises, de l’imprévu, de la découverte, je nous souhaite d’oser et de continuer à nous inspirer et nous surprendre mutuellement. Mais surtout, je nous souhaite de continuer à entretenir ce lien si précieux, celui de l’amitié que je te porte.
(Et si par bonheur à la lecture de ces lignes, tu as pensé à une personne en particulier, je t’invite à lui partager ce texte, à lui dire ces choses souvent retenues par la pudeur.)

Et moi je t’embrasse et je te dis à très vite,
Prends soin de toi,
Alizée
Prenez le départ du Canada Man et atteignez les étoiles avant minuit!
J’ai rencontré Tristan en 2018 à Montréal, on a fait partie de la même bande de copains. Comme les amitiés qui naissent à l’étranger sont en général sincères, on est restés en contact et il a même fait partie du convoi de québécois d’adoption venu me voir à New-York. Tristan c’est clairement le sportif de la bande et j’ai voulu m’essayer à retracer la plus belle aventure sportive qu’il a connu à ce jour :
Décembre 2017 – La nouvelle venait de tomber. Ma candidature pour le Volontariat International en Entreprise (VIE) avait été retenue. Le Canada m’ouvrirait bientôt ses portes pour au moins deux ans. Déjà mon enthousiasme était démesuré. Vous savez, cette sensation inégalée qui embrasse le corps tout entier et vous transcende de joie. Celle-là même qui vous plonge dans l’excitation de l’inconnu. Ce moment indescriptible où les courbes de votre projet prennent enfin vie et s’apprêtent à dessiner le chemin d’une nouvelle aventure. Soudain, un souffle nouveau vivifie votre quotidien et augure un changement imminent.
Au Canada, je n’y étais jamais allé. Sûrement comme beaucoup d’entre nous je me laissais à rêver de ses grands espaces, de sa population mondialement connue pour sa bienveillance, du fantasme Nord américain ; celui de la liberté ! A vrai dire, c’est exactement ce que j’allais chercher là-bas. Je voulais apprendre d’une nouvelle culture, je voulais en prendre plein la vue, je voulais que cette expérience marque de manière indélébile ma mémoire. Je n’allais pas être déçu !
Depuis toujours, je suis un passionné de sport, de sensations fortes, de dépassement de soi et je voulais que ma découverte de la Belle Province se fasse dans cet état d’esprit. En préparant mon périple je suis notamment tombé sur la promotion de la course du Canada Man/Woman Xtreme Triathlon (distance d’un Iron man)et même si je ne me suis pas directement inscrit, l’idée restait bien ancrée dans mon esprit.
Février 2018 – Je traverse finalement l’Atlantique et foule pour la première fois le sol canadien. J’aimerais vous dire que je me suis immédiatement acclimaté mais la réalité c’est que j’ai été accueilli à bras ouverts par l’hiver québécois et le moins que l’on puisse dire c’est que notre premier contact aura été des plus glacial. Fort heureusement, la rudesse des températures hivernales est inversement proportionnelle à la bienveillance et la gentillesse des québécois. En réalité, l’hiver canadien est CERTES un petit moment laborieux à passer (de 6 à 8 mois le petit moment quand même) mais c’est une période tout simplement magique. En ville, il neige régulièrement et rapidement les rues, les parcs, les maisons et les gratte-ciels sont nappés d’un blanc éclatant (du moins jusqu’à ce que ça devienne de la « slush » sous le poids des piétons). Lorsqu’il fait beau, les couleurs du soleil mêlées au manteau blanc de l’hiver offrent un spectacle incroyable tandis que les jours de mauvais temps donnent des allures mystiques à la cité. Et puis, la vie est très bien adaptée là-bas durant cette période, il y a une quantité infinie d’activités à faire. Je me souviens qu’au même moment à Paris des écoles avaient fermé parce qu’il avait neigé quelques centimètres ; pendant qu’ici les plus téméraires continuaient à aller au travail en vélo qu’il neige, qu’il vente ou qu’il pluie verglaçante (phénomène durant lequel la pluie se transforme en glace parce qu’il fait trop froid – UN RÉGAL!).
Quoi qu’il en soit j’étais ravi et immédiatement j’ai été plongé dans le tourbillon de la vie montréalaise. Mehdi, un copain d’enfance rencontré au lycée de Limoux (on n’oublie pas d’où on vient) venu étudier ici m’a rapidement présenté sa bande d’ami(e)s et c’est comme ça que j’ai rencontré Alizée, une jeune femme merveilleuse comme il en existe peu, dotée d’un sens de l’humour et d’une modestie à nulle autre pareille (C’est mon blog, je fais ce que je veux…). On est partis à la découverte de Montréal et ses environs, on a rigolé – beaucoup – et festoyé –tout le temps – et on s’est créés des souvenirs impérissables.




Mars 2018 – Je suis le plus heureux parce que j’apprends que mes sœurs Quitterie et Astrid, ma cousine Estelle et mon beau-frère Benoît viennent me rendre visite en juillet. Immédiatement, ça fait tilt dans ma tête et je me rappelle que la course dont je vous parlais plus haut se déroule à cette période. Coïncidence ou petit signe du destin, elle est organisée de telle manière que le coureur à besoin d’une équipe pour l’assister car aucun ravitaillement n’est prévu. Sans plus attendre, je propose à ma famille que nos retrouvailles débutent sous le signe du sport. Sans surprise, ils acceptent tous de m’assister dans ce challenge. C’est acté, dans trois mois je courrai pour la première fois l’équivalent d’un Iron man à l’occasion du Canada Man/Woman Xtreme.
Pour ceux qui ne connaissent pas, cette course se déroule dans le Parc national du Mont-Mégantic situé dans la région de l’Estrie au Québec. C’est un triathlon qui consiste à traverser le lac Mégantic sur une distance de 3,8kms à la nage. Les festivités se poursuivent avec 180kms de vélo empruntant la route des Sommets (2500m D+) et se terminent par une petite course-à-pied/trail de 42kms jusqu’au sommet (1200m D+) : un parcours comme je les aime allant à chaque fois d’un point A à un point B, sauvage et sillonnant les forêts et montagnes canadiennes. D’ailleurs le slogan de la course c’est « Prenez le départ du Canada Man et atteignez les étoiles avant minuit » parce que l’arrivée se fait en haut du Mont Mégantic l’observatoire astronomique le mieux équipé du Canada qui abrite une réserve de ciel étoilé. Ça fait rêver pas vrai ?
Avril-Mai-Juin 2018 – Et la prépa physique dans tout ça ?
Disons que dans un premier temps elle n’a pas véritablement été optimale. L’hiver québécois était encore présent jusqu’à début mai. Ainsi, même si j’essayais au maximum d’aller courir ou de faire du vélo, les températures négatives avaient régulièrement raison de ma volonté (je vous ai précisé qu’à partir de -20°c on a les trous de nez qui gèlent ? Personne n’a envie de courir avec les trous de nez gelés !). Heureusement, je nageais quand même trois par semaine.
Puis, lorsque la météo et les températures sont redevenues clémentes décentes, j’ai commencé à optimiser sportivement tous mes déplacements. Je me suis inspiré de certains de mes collègues en adoptant la mobilité au travail : fini le bus et le métro ! Rapidement, j’arrivais à plus de 40 km de vélo quasi quotidiennement. Souvent, j’y allais également en courant. Et lorsque j’avais envie de « bouffer un peu de D+ » je faisais un détour par le Mont-Royal surplombant superbement la ville de Montréal (merci à mon entreprise Centum Adetel d’être implantée aussi loin du centre ville…). En résumé, pour aller au travail, en soirée, au marché, j’étais toujours perché sur mon vélo.
J’ai également joint l’utile à l’agréable en parcourant les 256kms de piste cyclable autour du lac Saint Jean situé dans une région magnifique.
Finalement, cette prépa s’est terminée sur deux courses de type triathlon avec des distances plus raisonnables ; le triathlon olympique de Sherbrooke (le quart d’un Iron Man) que j’ai réalisé avec Clément pour son premier triathlon et le demi Ironman du Mont Tremblant que j’ai réalisé avec Jérémy et Benoît (merci Arnaud pour le dossard !).
Je crois que le plus difficile durant cette préparation aura été les concessions et sacrifices. Pour te restituer le contexte, les bleus étaient en train de nous enflammer la Coupe du Monde et je n’ai pu faire aucune 3e mi-temps, soirées ou autres paquitos endiablés sur la terrasse de Marco, LA terrasse la plus prisée du plateau. Même pas pour LE match de légende contre l’Argentine.. et ÇA c’était un sacré défi lancé à ma détermination ! Mais j’ai tenu bon et très vite l’échéance approchait. Physiquement je me sentais prêt et j’étais surtout très excité à l’idée de revoir Quitterie, Astrid, Estelle et Benoît dans le cadre de cette aventure incroyable qui allait se jouer !
Vendredi 06 juillet 2018 – Ce jour-là, les bleus de Didier Deschamps gagnent les quarts de finale face à l’Uruguay et poursuivent leur parcours délirant vers le titre de Champions du Monde. C’est dans cette euphorie –que vous avez du connaître aussi- que je prends la route en direction du Parc national du Mont Mégantic où je dois retrouver ma famille. La France est à l’honneur, il fait beau, je vais revoir les miens et vivre une des courses les plus impressionnantes d’Amérique du Nord ; je ne peux pas être plus heureux !
Samedi 07 juillet 2018 – La préparation avant match !
Je suis bien arrivé à l’auberge près du Parc national. J’ai retrouvé ma famille et nous réglons les derniers détails. Comme je vous l’expliquais, le format de la course est organisé de telle manière que j’aurai besoin d’eux tout du long pour boire, pour manger, pour m’encourager et me seconder. Je fais une estimation approximative de mes temps de course dans chaque étape pour que nous puissions nous retrouver plus facilement aux endroits stratégiques. Une vraie préparation d’équipe ! Je suis si reconnaissant de pouvoir vivre ce moment avec eux. De pouvoir leur montrer un peu de ma nouvelle vie ici. Partir à l’étranger seul pour faire ses propres expériences c’est une chance indéniable mais elle a un prix. Celui du sacrifice du temps passé avec ses proches et ceux qui nous sont chers. C’est savoir qu’on ne pourra pas forcément être là pour tous les moments importants. C’est comprendre la valeur du temps passé ensemble. Alors de les avoir là, auprès de moi dans ce moment, c’était mieux que tout !
Dimanche 08 juillet 2020 – C’est parti pour atteindre les étoiles avant minuit
2h10 : Le réveil sonne tôt, trop tôt.
La première étape débute dans deux heures. L’euphorie des retrouvailles et des derniers préparatifs nous a peine laissé 4h de sommeil mais immédiatement l’excitation d’en découdre balaye la peur de ne pas avoir assez dormi. Il est grand temps pour moi de me préparer et d’ingérer le traditionnel petit-déjeuner des champions : une gamelle de pâtes et autres pompotes, bananes et tartines de beurre de cacahuètes.
3h00 : Nous prenons la route en direction du centre sportif du Parc situé à 30 minutes de l’auberge. J’en profite pour signaler le début imminent des hostilités sur les réseaux sociaux. Le décalage horaire permet à mes amis restés en France de suivre mon périple depuis le début. Très vite, je reçois beaucoup de messages de soutien et d’encouragement qui décuplent ma détermination déjà culminante.
Nous y sommes ! Pour rejoindre la ligne de départ, une marche commémorative était organisée depuis le centre sportif pour rendre hommage aux victimes d’un accident de train survenu il y a 5 ans. En marchant, je me rappelle que c’est la première fois que je participe à une course aussi longue. Bizarrement, je ne ressens aucun stress, aucune appréhension particulière. En réalité, j’ai surtout les dents qui claquent de froid et une furieuse envie de pisser dans cette combinaison qui sera le seul rempart contre la température de l’eau annoncée à 15°c.
4h30 : Le départ tant attendu !
Seules nos petites lumières clignotent désormais dans l’obscurité de la nuit. Le top départ est donné et nous somme 174 à nous jeter littéralement à l’eau. Les premiers mètres ne sont pas des plus évidents dans cette eau saisissante ; d’ailleurs le coup de bras tout aussi saisissant que j’ai reçu en plein visage n’a pas encouragé le processus d’acclimatation. Les lunettes en biais, je rigole désormais de la situation ; il est 4h30 du matin, il fait nuit noire, je suis au beau milieu d’un lac lui même situé au beau milieu du Québec, en train de me lancer dans un triathlon extrême sous les yeux de ma famille. Je poursuis ma traversée tandis que les premières lueurs du jour laissent apparaître l’épaisse brume venue se déposer sur l’étendue du lac. Les couleurs de plus en plus flamboyantes intensifient la sérénité du moment. Le beau temps sera de la partie. Il n’y a pas de bruit, je me sens bien. Après 1h dans cette immensité trouble, je m’apprête à atteindre la ligne d’arrivée où les supporters agités transpercent désormais le silence. Leur enthousiasme est contagieux et déclenche en moi des décharges d’adrénaline me donnant l’impression de survoler la plage tandis que je rejoins mon vélo positionné la veille. Je suis 55e (1’53’’/100m), pas si mal pour un mauvais nageur à l’époque.
5h50 : La remontada
J’enfourche mon vélo qui ne me quittera plus pendant les six prochaines heures. Les cris de la foule me donnent envie de me surpasser. En m’élançant, je ne réalise pas que je m’apprête à parcourir 180km d’un trait. La première épreuve m’a donnée confiance et j’enquille les kilomètres avec un entrain non dissimulé en rattrapant nombreux de mes concurrents. J’eu eu l’honneur d’être dépassé par une seule personne et non des moindres, Madame BESSET, ancienne championne cycliste canadienne (elle finira 3e de la course). L’épreuve se passe bien et c’est aussi grâce à mon équipe de choc qui m’apporte les provisions salvatrices (Big-up au sandwich avec le fromage qui fait couik-couik, ceux qui sont allés au Canada savent). Mon corps réagit bien, j’en prends plein les yeux avec ces paysages vallonnés. Moi qui voulais de l’immensité, je suis amplement servi ! Je continue à dépasser des concurrents, j’ai l’impression de réaliser un fantasme d’enfant ; celui d’une échappée sur une étape du Tour : « QUEL PANARD ».

12h15 : Dernière étape
Après 6h30 à pédaler, j’abandonne, non sans soulagement, mon fidèle destrier à Benoît qui me suivra dans cette dernière épreuve et sera mon seul ravitaillement. Une petite pause d’une dizaine de minutes, je prends le temps de me changer et de mettre ma tri-fonction du TTM (Triathlon Toulouse Métropole), club dans lequel je suis licencié depuis deux ans maintenant. A ce moment-là, je suis si fier de pouvoir représenter leurs couleurs de l’autre côté de l’Atlantique.
C’est parti pour le marathon avec en ligne de mir le Mont Mégantic qui se dessine au loin. 42kms me séparent encore de mon objectif tandis que mon enthousiasme est intact. Des sentiers de forêt vallonnés, des portions de route en plein soleil ; la grande variété de paysage et la présence de Benoît en vélo me permettent d’avaler les kilomètres et de passer au semi en à peine 2h.

14H20 : Quand ton corps ne coopère plus
Un moment donné, le chemin était impraticable pour Benoît qui était toujours en vélo. Nos routes ont par conséquent dû se séparer sur 5km qui en étaient en réalité 7. Cette petite erreur d’appréciation m’aura valu le plaisir d’explorer mes limites. En effet, le détail des 2kms avait son importance parce qu’il représente en réalité 45 bonnes minutes durant lesquelles je n’ai pas pu me ravitailler en eau. Il fait chaud, j’ai soif, mes jambes commencent à me faire comprendre qu’il est temps d’arriver. Plus rien ne passait. Je serre les dents et commence un long combat contre moi-même ; contre ce mental qui t’expliques les centaines de raisons valables d’abandonner. Il en est hors de question. Je retrouve finalement Benoît et mon équipe qui me font un bien fou et permettent à mon moral de reprendre le dessus. En plus, l’univers avait entendu mes supplications puisque j’ai aussi pu me délecter du meilleur coca de toute ma vie avant d’entamer la partie trail.
Il est temps de passer aux choses sérieuses et d’attaquer la dernière (et mille et unième) difficulté de la journée. Juste le temps de changer mes chaussures pour avoir une meilleure accroche, agripper les bâtons de rando et c’est parti…
15H : L’ascension du Mont
Conformément aux exigences de la course, Benoît sera mon binôme dans ces dix derniers kilomètres à la conquête du Mont. Mes sensations sont meilleures et avec les bâtons ça semble plus facile. A l’image des grands noms de la montagne comme Kíllian JORNET, François D’HAENE ou « la machine et le meilleur poto » Aurélien SANCHEZ. Nous nous régalons dans cette portion de forêt sauvage tandis que nos déferlons au sommet du Mont Saint-Joseph. Là-haut s’offre à nous l’immensité du Parc et au loin, le lac salue toute cette distance parcourue. Plus que trois kilomètres nous séparent désormais de l’arrivée au Mont Mégantic et les échos de la foule retentissent jusqu’à nous, redonnant un dernier coup de fouet à ma volonté.
17H40 : LE BONHEUR
Nous avons vécu le dernier kilomètre comme un binôme en finale de Pékin express, de l’excitation, de l’adrénaline, du suspens. : « On the road again » comme diraient les frères belges. A ce moment, je sais que j’ai doublé pas mal de concurrents mais je n’ai aucune idée de mon classement exact. Les échos que nous entendions au loin retentissent de plus en plus à mesure que ma joie se décuple. Deux-trois silhouettes semblent se distinguer en hurlant plus que les autres, ce sont les filles qui nous attendent ! Les voir finit de me coller un sourire indélébile sur le visage. L’arrivée est impressionnante. Elle est constituée par une immense arche ornée des drapeaux du monde entier. Les supporters des 174 valeureux concurrents sont là. Leur euphorie finit de combler mon bonheur qui est désormais à son paroxysme. Mes sœurs me donnent le drapeau de la France ; les plus belles couleurs du monde que j’arbore avec fierté sur mes épaules. J’entends des « allez les bleus » qui me rappellent qu’on est en demi-finale de la Coupe du Monde et que l’on va la gagner c’est certain.
C’est dans ces conditions que mes sœurs, ma cousine, Benoît, mon Donatello porte bonheur (dédicace à la bande des mousquetaires qui m’ont offert cette belle petite peluche à l’occasion de mon départ) et moi-même franchissons ensemble la ligne d’arrivée. Je suis si fier ! Après 13H20 de magie, JE L’AI FAIT, je suis un CANADAMAN ; 14e / 174 valeureux combattants.

Je ne m’étais pas fixé d’objectif de temps, je voulais juste profiter de l’aventure et c’est ce qui m’a permis de l’aborder avec sérénité. Nous sommes restés là plusieurs heures à revivre ce pic d’émotion à chaque fois qu’un finisher déferlait sur la ligne d’arrivée. Le soleil s’est finalement couché en disparaissant majestueusement dans l’étendue du Parc. C’est dans un dernier moment de magie que s’est achevé cette journée : Nous nous sommes retrouvés tous les cinq à l’auberge, allongés sur l’immense trampoline qui trônait dans le jardin pour admirer cette fameuse réserve d’étoiles réputée comme la première réserve internationale de ciel étoilé. Je crois sincèrement que je n’avais jamais rien vu d’aussi beau !
Ce week-end ça fait deux ans jour pour jour que je me lançais dans cette aventure un peu folle et je ne me remercierai jamais assez de l’avoir fait. Je vous souhaite d’oser un jour vivre une expérience sportive aussi intense. Parce qu’il n’y a rien qui provoque de plus belles émotions que le dépassement de soi et le passage sur la finish line. C’est ma philosophie et ce souvenir restera gravé à tout jamais.





(Si vous avez envie de voir de quoi ça à l’air en vidéo vous pouvez cliquer LÀ pour la vidéo officielle et LÀ pour la vidéo faite par Tristan. Du coup, ça m’a donné envie, pas vous ? Qui se chauffe pour faire partie de ma team pour le Canada MAN/ WOMAN 2021 ?!)
Alizée
« Soyez heureux, soyez amoureux et goûtez bien ! »
Jeudi 21 mai, 10h13, je reçois un appel de ma cousine. Avec des mots précipités et confus, elle m’apprend que notre grand-mère ne va pas bien, que les secours sont auprès d’elle. A sa voix bouleversée et chancelante je comprends que c’est grave. Un tourbillon d’émotions me traverse, j’ai peur, je panique, je supplie ; « faites que ça aille ». Je n’ai même pas raccroché que déjà je m’active. Sonnée, je rebondis dans la maison il faut que je m’habille, il faut que je prévienne les autres mais personne n’est là et je n’ai pas de voiture pour rejoindre ma Mémé. Je déferle finalement chez le voisin qui n’a pas eu d’autres choix, le pauvre, que de tout abandonner pour me conduire. Je tremble, je lui en veux de ne pas aller assez vite et en même temps j’appréhende d’arriver, j’ai peur de la scène qui s’imposera à moi.
Il me dépose finalement devant la bergerie familiale, la voiture n’est même pas encore arrêtée que je bondis hors de l’habitacle. Un chemin abrupte et rocailleux me sépare encore de sa maison. Avec l’adrénaline je le survole, je n’ai jamais couru aussi vite, je supplie toujours.
A bout de souffle, je me précipite dans les bras de ma cousine. Elle est en larmes. J’aperçois mon père devant la maison, il est accompagné de mon oncle et de ma tante. Leurs visages trahissent l’angoisse qui les habite désormais. On m’explique que je ne peux pas rentrer, que je ne peux pas la voir. Impuissante, je continue de supplier. Et puis je me rassure, c’est impossible de toute façon, elle ne peut pas nous quitter si brutalement ; ça va bien aller c’est sûr.
La veille encore je rigolais avec elle, elle me parlait de son jardin avec détermination, je lui disais à quel point j’étais heureuse de la retrouver après mon périple américain, à quel point je l’aimais ma petite Mémé.
La veille encore elle me racontait les histoires qui ont marqué sa vie, la rudesse de son enfance heureuse dans les hauteurs de la Vallée d’Aspe, les bonheurs et difficultés de sa vie d’épouse et de mère à Lourdios, toutes ces rencontres, ces personnes accueillies, la guerre, la résistance, les objecteurs de consciences, la politique, les égarés, les amoureux de la vie…
La veille encore nos deux mondes s’entrechoquaient lorsqu’elle me contait la place de la femme dans les petits villages reculés des années 50.
La veille encore elle avait cette flamme dans le regard, elle transperçait la pièce de son sourire malicieux et caressait mes joues avec la douceur de ses mains fermes.
Alors tout irait forcément bien, il ne pouvait pas en être autrement.
Après plusieurs minutes d’attentes, des minutes interminables, des minutes accablantes, le médecin nous apprend qu’elle est dans le coma, qu’elle va être transférée à l’hôpital de Pau en hélicoptère. Avec la bienveillance d’un parent, il essaie de nous faire comprendre qu’il y a peu d’espoir. Je refuse de l’envisager, elle en a traversé des épreuves ma petite Mémé et elle s’est toujours relevée plus forte que jamais.
En regardant l’hélicoptère s’éloigner, je me surprends à réciter un « Notre père » parce que c’est ce qu’elle aurait fait, elle aurait prié. A ce moment-là, il m’était impossible de penser qu’elle ne reviendrait pas.
Avec le recul, je comprends que naïvement j’étais persuadée qu’elle ne quitterait jamais nos vies. Je sais, c’est absurde mais malgré ses 83 ans, elle n’avait pas d’âge. C’était le pilier de notre famille. Elle pouvait parler avec n’importe quelle personne, de n’importe quelle nationalité, de n’importe quelle origine sociale, de n’importe quelle âge et de n’importe quelle religion. Une immense table en bois meuble sa cuisine sur laquelle se sont attablés des convives de tous horizons. Si elle pouvait parler cette table, elle raconterait avec émotions tous ces moments de partage, de retrouvailles, de débats, de confidences. Mémé Marie n’avait quasiment jamais quitté son petit village de Lourdios-Ichère et pourtant c’est comme si elle avait parcouru le monde entier pour l’avoir accueilli à sa table. J’ai eu la chance de grandir auprès d’elle et d’apprendre de sa force et de son courage. Elle me parlait souvent de la manière dont elle s’est relevée d’une des périodes les plus difficiles de sa vie. La dépression disait-elle, « c’est le cancer de l’âme. C’est un mal si profond que bien au-delà des douleurs psychologiques, il t’inflige aussi des douleurs physiques. » Pour chaque épreuves qui ont constitué sa vie, elle a tiré une leçon qu’elle nous transmettait avec sagesse et sincérité. Elle aimait profondément les gens, elle les aimait si bien qu’elle n’avait jamais peur d’être totalement franche sans toutefois oublier de se remettre en question. Elle m’a tant appris, de l’importance de la famille, de la valeur de notre héritage montagnard, de ce monde qui devient fou.
Je sais c’est absurde mais j’étais persuadée qu’elle ne quitterait jamais nos vies.
Finalement, elle est partie le lendemain.
En quelques heures seulement l’un des êtres qui m’était le plus cher a été arraché à ma vie. Il n’y a eu aucun signe, son départ a été aussi instantané et brutal que la foudre, me laissant là, assommée. Je réalise qu’elle ne sera plus là pour tous les moments importants de ma vie.
Mais dans les ténèbres de cette journée, il y a malgré tout eu de la lumière; la famille. Dès l’annonce de son départ pour l’hôpital, tous ses enfants, petits enfants et désormais arrières petits-enfants vivant en Vallée d’Aspe, en Haute-Garonne, dans la région des Alpes ou même à Mayotte ont tout mis en œuvre pour la rejoindre le plus rapidement. Notre famille c’était sa fierté, son chef d’œuvre. Toutes les années de sa vie elle n’a eu de cesse de nous rassembler dans sa maison, l’épicentre de notre tribu.
Sa maison, c’était quelque chose. Chacun de nous y est toujours venu pour s’y réfugier. On venait avec plaisir se faire engueuler, se faire encourager, se faire aimer. Cette maison continuera de vivre, elle sera bruyante d’amour, elle sera peuplée de nos rires, elle sera notre lieu de retrouvailles. Et elle sera là, elle résonnera de sa présence apaisante, de sa voix rauque et rassurante, de son accent réconfortant.
Et je déteste l’idée de devoir parler d’elle au passé. Parce qu’au passé, elle ne lui appartiendra jamais!
La mort frappe, parfois sans prévenir, le cours paisible de nos vies. D’un être que l’on a tant aimé, il ne reste plus que l’enveloppe. A tord ou à raison on se persuade que son esprit veille sur nous et nous accompagne. J’ai eu la chance de grandir auprès de ma grand-mère pendant 25 longues et belles années et la dernière chose que je lui ai dite en m’éloignant c’était que je l’aime. Je n’avais rien à regretter mais je n’ai pu m’empêcher de me détester malgré tout pour toutes ces fois où je n’ai pas pris le temps d’aller la voir, de l’appeler. Je me suis accablée de ne pas avoir fait plus pour elle, de ne pas avoir fait assez. Je crois que cette réaction est naturelle et heureusement mes souvenirs avec elle sont là pour contrebalancer ces mauvaises pensées. Quel mal ce doit être de regretter ses agissements après le départ d’un proche. De comprendre qu’il est trop tard pour revenir en arrière, pour pardonner, recommencer, dire ces mots que l’on retient parfois par pudeur parfois par fierté. Mais lorsque le dernier souffle s’en va, on comprend à quel point la pudeur et la fierté sont dérisoires. Je vous souhaite d’oser tout mettre en œuvre pour ne rien regretter, je vous souhaite de savoir dire « Merci, Je suis désolée, Je te pardonne, Je t’aime » tant que vous pouvez encore le dire. Tout simplement comme elle a dit il n’y a pas si longtemps à mon cousin en raccrochant le téléphone : « Soyez heureux, soyez amoureux et goûtez bien ! »

Alizée
« Si tu veux aller loin, n’oublie jamais d’où tu viens. »
J’ai rencontré Bastien au catéchisme lorsque nous avions une dizaine d’années. Plutôt que de poursuivre les voix impénétrables du seigneur, Bastien a préféré s’adonner à sa passion pour le rugby en caressant l’espoir d’en faire un jour sa profession. Force est de constater qu’il a eu raison d’y croire. C’est avec l’humilité qui le caractérise que Bastien m’a parlé du parcours qui l’a mené jusqu’au rugby professionnel et notamment jusqu’à sa meilleure expérience rugbystique à date : Le capitanat d’une équipe au Supersevens. Pour les novices en la matière, le Supersevens est la première compétition professionnelle de rugby à sept en France organisée par la ligue nationale de rugby et fait s’affronter toutes les équipes de TOP 14 outre une équipe de Monaco et des Barbarians. D’aucun pourrait penser que cette compétition est dérisoire en comparaison aux autres. La réalité c’est qu’on ne fait pas partie d’une telle équipe et encore moins en tant que capitaine en claquant des doigts. J’ai voulu en faire un article parce que c’est une histoire qui fait du bien, qui véhicule de belles valeurs et qui donne envie de se battre pour ses rêves :
D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été passionné de rugby. J’ai commencé à y jouer vers l’âge de 7 ou 8 ans dans mon club de cœur à Aramits.

Au-delà des règles du jeu, j’y ai appris les valeurs qui me sont aujourd’hui si chères et qui dépassent les limites du terrain. Le courage, le dépassement de soi, la fraternité, l’entraide, l’amour du maillot. A l’époque déjà, je ne ratais aucun match à la télé et dans ma chambre étaient placardés des posters de grands noms du rugby. Comme beaucoup de mes amis, je rêvais de me retrouver un jour à leur place, de faire de ma passion mon quotidien et de porter haut les couleurs d’une équipe aux côtés de mes coéquipiers. Je savais déjà à l’époque que le chemin serait long et qu’il fallait que j’y croie deux fois plus fort que les autres parce que personne ne le ferait pour moi. C’est quelque chose que j’ai appris à mes dépens. Lorsque ton projet sort un peu des sentiers battus, peu de gens croiront en toi au début. Parce qu’on a même essayé de me convaincre que je n’y arriverais jamais et qu’il valait mieux que je trouve un « vrai » métier après avoir fini mes études. En réalité je ne préférais même pas répondre à ces tentatives de découragement qui ne faisaient que décupler ma rage de réussir.

A la fin du collège je suis partie au lycée St John Perse à Pau faisant au même moment mon entrée en cadet à la Section paloise. Après la seconde, je suis parti étudier au pôle espoir à Bayonne tout en continuant de jouer avec la Section les week-ends. Cette expérience m’aura avant tout enseigné la discipline. Je vivais tous les jours pour le rugby et cela a impliqué beaucoup de sacrifices. Parce que choisir sa passion c’est renoncer à de nombreux moments privilégiés en famille ou avec ses amis. Mais pour rien au monde je ne changerais quelque chose.
A 18 ans, je rentre au centre de formation de la Section paloise et l’année de mes 20 ans j’intègre finalement le groupe de l’équipe première. Cette année-là nous tendons vers un seul et même objectif : la montée en TOP 14. J’ai tout donné pendant la prépa, je savais que c’était ma chance. Coûte que coûte je devais la saisir. La saison débute, je suis avec les espoirs. Mais rapidement le destin me sourit. Alors que nous préparions la 2nd rencontre, un ailier se blesse à la mise en place. Simon Mannix, le manager de l’équipe, vient alors me trouver et me demande si je suis prêt pour jouer le lendemain. Je lui réponds bien évidemment que oui mais dans ma tête c’est l’ascenseur émotionnel. Je suis gagné par un tumulte de sentiments ambivalents allant de la joie à l’appréhension. Mon excitation est à son paroxysme ; le lendemain je jouerai mon premier match parmi les professionnels. Cette année-là mes planètes devaient être alignées puisqu’à l’occasion de ce fameux match je marque un premier essai ce qui me vaut l’opportunité d’être nommé titulaire pour la prochaine rencontre. Ce match, certainement insignifiant pour beaucoup, restera à jamais gravé dans ma mémoire. Alors que nous perdions contre Agen, je parviens à marquer un essai dans les dernières minutes de jeu. Il offre la victoire et le bonus offensif à mon équipe qui ne manquera pas de me remercier lors d’une troisième mi-temps qui se révèlera être plus éprouvante que le match. Je suis alors si fier d’avoir pu montrer de quoi j’étais capable tout en légitimant ma place au sein du groupe dans ce milieu où, pour exister, il faut en permanence être au maximum de ses capacités. Et, comme un retour du karma pour me rappeler de ne pas m’enflammer, je me blesse au début de mon troisième match en tant que titulaire. Après plusieurs semaines de convalescence, je reviens sur le terrain pour achever la saison tandis que nous accédons enfin au graal. Du haut de mes 20 ans j’aurais eu l’honneur de connaître une montée en TOP 14 et de participer au titre. A ce moment-là, je ne peux pas être plus heureux. Dans l’euphorie collective nous soulevons le bouclier de la victoire devant nos supporters qui ont toujours répondu présent et à qui nous devons beaucoup !

En 2018, c’est avec fierté que je suis sélectionné avec les Barbarians (sorte d’équipe réserve de l’équipe de France sous l’égide de la Fédération Française de Rugby). Une des plus belles expériences de ma vie. Humainement tout d’abord car l’équipe est composée de mecs incroyables menée par le grand Aurélien Rougerie. Nous retenons l’attention parce que notre équipe est très jeune avec une moyenne d’âge de 23 ans. Un groupe de gamins aux portes de l’équipe de France, nos rêves sont immenses et notre détermination inébranlable.

La magie de cette aventure tient également du fait que nous venons tous des quatre coins de la France mais en quelques jours seulement et sous l’impulsion d’un même maillot nous devenons une équipe portant les valeurs du rugby français à l’international. Notre tenue de match est remplie de symboles pour moi car bien qu’unis sous un même maillot nous portons chacun les chaussettes de nos clubs respectifs. Je repense avec émotion à mon voisin parti trop tôt qui me disait toujours « Bastien, si tu veux aller loin, souviens-toi d’où tu viens ! ». Et puis, quel honneur de pouvoir entonner la Marseillaise. L’un des souvenirs les plus marquants de cette épopée restera notre victoire contre la seconde équipe des All Blacks. Tout rugbyman a un jour rêvé de pouvoir soutenir le regard de ses guerriers des terrains tandis qu’ils mugissent leur traditionnel Haka. Ce jour-là c’était le Haka Timatanga qui retentissait à Chaban Delmas:

« Jeunes nobles guerriers,
continuez à grimper par le chemin de la sagesse.
Atteignez l’excellence,
spirituellement,
mentalement,
physiquement. »
La vie a poursuivi son cours à la Section et les années suivant notre montée seront personnellement marquées par des temps de jeu réduits et de nombreuses blessures. J’ai appris à surmonter la déception et la pression qui repose sur tous les joueurs mis « au placard », celle d’être remplacé, oublié. Je me suis efforcé de garder le moral et de tout faire pour revenir au plus vite.
Cette année, j’ai été informé que ma saison à la Section serait la dernière.
Pendant dix ans j’ai évolué dans ce club, j’y ai appris à perdre avec panache et gagner avec respect. J’ai appris à me battre pour ma place tout en me réjouissant pour la réussite des autres. J’ai aussi rencontré des gens incroyables dont le soutien était sans faille. C’est ce qui rendait cette nouvelle d’autant plus difficile à encaisser. Elle signifiait que je devais quitter l’environnement que je connais depuis longtemps et avec lequel j’ai grandi. J’ai tout donné pour ce club qui, sans le vouloir, m’a offert pour mon départ, la plus belle expérience rugbystique de ma jeune carrière : Le capitanat de mon équipe au tournoi du Supersevens.
Sur le papier cette opportunité ne nous était pourtant pas donnée pour nous permettre de briller. Bien au contraire. Alors que quasiment tous les clubs de la compétition ont joué le jeu d’envoyer leurs « meilleurs » joueurs, il a bien été précisé à Geoffrey Lanne-Petit, l’entraineur adjoint des arrières, désigné pour suivre l’équipe au tournoi, qu’aucun joueur habituellement titulaire ne serait envoyé pour disputer la compétition. C’est à ce moment-là que j’ai fait mon entrée dans l’équation.
Geoffrey m’a convoqué pour m’informer qu’il souhaitait me nommer capitaine du groupe. J’ai d’abord hésité, ceux qui me connaissent savent que je suis plutôt de nature réservée et que les discours à grandes envolées lyriques pour motiver les troupes ce n’est pas ma spécialité. Geoffrey m’a alors précisé qu’il voulait monter une équipe de copains, des mecs talentueux pourtant sans temps de jeu, a qui on ne laissait pas trop leur chance. Il n ‘en fallait pas plus pour me convaincre, sans problème je serai le capitaine de ces gars-là. Et sans le savoir nous nous préparions à vivre une aventure inoubliable !
La prépa a commencé en janvier et le fait que chaque membre de notre équipe à sept n’ait aucun temps de jeu avec la Section s’est avéré être un atout. Ainsi, nous pouvions nous retrouver tous les vendredis pour préparer ce tournoi ensemble. Le Supersevens avait lieu début février et ceux qui connaissent le rugby à sept savent que l’approche du jeu est totalement différente. Nous n’avions donc qu’une poignée de jours pour adopter ce nouveau format.
Sincèrement, nos entrainements ont été catastrophiques. Les trois-quarts n’avaient jamais joué à sept. Et si nous n’avions aucun repère, nous avions au moins la certitude que ce tournoi serait une boucherie et qu’on se ferait pulvériser par les grands noms du rugby français. Heureusement, nous avions avec nous un entraineur aussi dévoué que talentueux. Geoffrey a été incroyable et nous lui devons beaucoup. Quoi qu’il en soit, personne ne croyait en nous et, en voyant les cotes de pari à notre sujet, je dois avouer que je n’aurais pas misé grand chose non plus sur notre réussite.
C’est dans cet état d’esprit que nous nous sommes retrouvés, début février, au Supersevens ; une équipe de jeunes que seules nos mères connaissaient face à des stars du rugby de tous les clubs de TOP 14. Mais on avait une force, on était une équipe de copains, des mecs oubliés des terrains avec l’envie démesurée de montrer ce qu’on savait faire. On s’est dit qu’il fallait qu’on essaye de sauver l’honneur en gagnant au moins un match. Et puisque dans la conscience générale nous avions déjà perdu, autant profiter de chaque instant sans la moindre pression.
La veille du premier match, le 31 janvier, nous sommes arrivés à Paris et avons fait une simple mise en place. La soirée s’est terminée autour d’une bière pour marquer mon anniversaire et le début de cette aventure surréaliste dans laquelle nous nous apprêtions à plonger.
Notre premier match était face à l’équipe de Bordeaux Begles. Outre avoir un entraineur spécialiste du rugby à sept, le club avait recruté pour l’occasion trois joueurs. Ils avaient monté une équipe incroyable dont le seul objectif était de gagner. En somme, tous les éléments étaient réunis pour nous écraser et notre sort semblait scellé d’avance.
Pour la petite anecdote, nous avons du choisir une chanson pour accompagner notre entrée sur terrain. La Section voulait nous imposer l’hymne du club. Ce même club qui nous envoyait au charbon dans la plus grande indifférence. C’est pourquoi nous avons refusé de marcher au rythme de la « Honhada ». Malgré tout, nous voulions porter haut et fort nos couleurs béarnaises, celles dont nous sommes si fiers. Nous avons choisi pour ce faire l’ « Encantada » de Nadau. On voulait se démarquer, on voulait que notre image soit représentative de l’harmonie qui régnait dans le groupe, de notre fraternité. Clovis a alors proposé que l’on porte des bérets. Tu sentais qu’on était la petite équipe insignifiante que personne ne regardait et ça nous allait très bien. Et puis notre entrée décalée a été appréciée du public et nous avons doucement commencé à faire le buzz.

Dans le couloir qui allait nous mener au coup d’envoi, coude à coude avec nos adversaires, j’ai regardé mes coéquipiers et je leur ai dit qu’avec nos bérets vissés sur la tête on ne pouvait pas perdre. Il était hors de question qu’on passe pour des cons. Pourtant, et alors que le coup de sifflet venait à peine de marquer l’entame du match, nous commettions d’emblée trois erreurs successives permettant aux joueurs de l’UBB de nous planter un essai. L’affaire semblait mal embarquée… Et puis, sans pouvoir expliquer comment, nous avons petit à petit réussi à organiser notre jeu. A mesure que les minutes s’égrainaient notre confiance grandissait. Et alors que nous venions de marquer trois essais, la mi-temps sonnait la fin de la première période. Nous menons 21-7. Incrédules, nous comprenons alors que c’est possible. Après un discours déchaîné de notre entraineur, nous revenons sur le terrain plus déterminés que jamais ; ce match est pour nous ! Durant la seconde phase, alors que nous menons 40 à 7, le coup de sifflet final retentit dans le stade. Je n’oublierai jamais cette vague d’euphorie qui nous a emporté. C’est simple, on avait l’impression d’être champions du monde !

En refaisant le match encore et encore, on était habités par un sentiment étrange. On n’arrivait pas à se dire qu’on avait été bons. On était persuadés que l’autre équipe s’était forcément fourvoyée. Un vrai syndrome de l’imposteur ! Quoi qu’il en soit nous avions rempli notre modeste objectif, nous avions remporté un match. On s’est alors promis qu’à partir de ce moment on savourerait chaque moment du tournoi, qu’importe l’issue. Et sans le savoir cette attitude décomplexée assortie de notre amitié sincère allait décupler nos forces et la qualité de notre jeu.
Sur le terrain, on se connaissait par cœur, on pouvait presque anticiper les faits et gestes de chacun et lorsqu’un défaillait, le reste de l’équipe répondait inlassablement présent. Je n’avais jamais connu une telle osmose sur un terrain, c’était incroyable ! Chacun avait à cœur de prouver de quoi il était capable ; comme pour montrer que la décision de notre club de nous maintenir hors des rencontres de TOP 14 était une erreur. On était conscients que ce tournoi était notre dernière opportunité de jouer tous ensemble avant que chacun ne soit dispersé la saison prochaine.
Alors que toutes les équipes faisaient les traditionnelles réunions d’après match pour visionner les vidéos, nous faisions simplement un point de 5 minutes durant l’échauffement sur les forces et faiblesses de notre futur adversaire. Et lorsque nous n’étions pas en train de disputer des matchs sur le terrain, nous profitions de nos copains et proches venus nous soutenir en tribune. Nos avants-matchs dans les vestiaires étaient de véritables fêtes et la musique retentissait à tout rompre. Les matchs ont continué de se dérouler et sans réellement comprendre ce qui nous arrivait nous sommes parvenus jusqu’au top 4. On avait l’impression d’être des imposteurs, on faisait n’importe quoi, on était détendus comme jamais et ça passait.

Au fur et à mesure de notre évolution, le comportement des autres équipes et supporters a commencé à changer. Certains sont même venus nous féliciter, nous dire qu’ils étaient admiratifs de notre parcours, de l’ambiance de notre groupe et de la manière dont on avait décidé d’aborder ce tournoi.
Arrive la demi finale contre Toulon. Personnellement le plus beau souvenir que je garderai de cette aventure. Le stade était blindé, des jeux de lumières incroyables annonçaient notre entrée. Durant le match aucune équipe ne prend clairement l’avantage et la rencontre se déroule sous un chassé croisé insoutenable. Heureusement, à quelques minutes de la fin, mes coéquipiers me permettent de marquer l’essai de la victoire. Incroyable mais vrai, la finale nous ouvre ses portes !
A la finale contre le Racing, bien que notre détermination était plus affirmée que jamais, nous sommes arrivés fracassés physiquement. Beaucoup d’entre nous s’étaient blessés et nous étions épuisés. Malgré tout, l’ambiance bonne enfant qui nous avait accompagnée tout au long de cette croisade était encore présente. A la fin de l’échauffement, Clovis me ramène le drapeau béarnais en me demandant de le porter. Comme un clin d’œil à mes racines, c’était une bande de jeunes d’Aramits et ses environs venus nous supporter qui nous l’ont offert.

Alors que nous étions dans ce perpétuel couloir en attendant de pouvoir dévaler sur le terrain, nous étions morts de rire en pensant que nous, les oubliés de la Section paloise, on allait affronter les internationaux et autre joueurs renommés du Racing. C’était improbable !
Le coup d’envoi a été donné et dès le début du match nous avons failli marquer mais, perdant le ballon lors d’une touche, c’est finalement le Racing qui nous a infligé un premier essai. Je pense que c’est à ce moment que nous avons flanché mentalement et, très vite, nous avons été menés 28 – 0. On ne s’est pas laissés abattre pour autant, on voulait s’arracher les uns pour les autres, en l’honneur de tout ce qu’on venait de traverser ensemble. Nous nous sommes finalement inclinés à 28-14 plus fiers et soudés que jamais.
Le dernier souvenir improbable restera notre rencontre avec Vincent Desegnat, le compère de Michaël Youn qui, après avoir assisté à la finale et nous avoir vu faire « La bicyclette » sur le terrain (tirée du film « Fatal ») est venu nous féliciter en nous précisant qu’il avait envoyé la vidéo à Mickaël Youn.

A la fin du tournoi, on a appris qu’une prime de 25 000 euros serait versée au club participant à la finale et une autre de 75 000 euros à son gagnant. Nous étions fiers de savoir que notre parcours profiterait à la Section. J’ai pris la parole en disant à notre entraîneur qu’on ne demandait rien, seulement de pouvoir célébrer la fin de cette aventure sans avoir à sortir notre porte-monnaie. Et c’est dans une générosité à peine contenue que le club nous offrira ce soir-là une tournée, sans qu’aucun dirigeant ou autre entraineur ne prenne la peine de nous contacter pour nous féliciter. Qu’importe, rien n’aurait pu entamer notre bonheur.

Après une ultime soirée tous ensemble à célébrer l’aventure incroyable qui venait de se jouer, nous sommes rentrés chez nous dans le béarn. On était un peu sonnés de se dire que la vie normale reprenait son cours, que cette équipe de copains ne serait plus jamais réunie sur un terrain et que le Supersevens était déjà derrière nous…
Je décide de conclure ce billet en retranscrivant fidèlement les mots de Bastien envers ses coéquipiers, son entraineur et le staff accompagnant. Ils témoignent du lien indéfectible de confiance et de respect qu’ils ont su créer. En leur souhaitant à tous, le meilleur pour la suite !
« Là directement me vient à l’esprit, un petit noyau de 4 joueurs, dont je fais partie. Il y a donc Mathias Colombet, Clovis Lebail et Pierre Nueno. Nous sommes tous des amis proches dans la vie, et ce tournoi n’a fait que renforcer nos liens. Geoffrey, s’est appuyé aussi sur nous, car nous étions les joueurs avec le plus d’expérience de ce groupe.
Je pense à Clovis LEBAIL, qui est une personne atypique et tellement attachante. C’est le précurseur du retour de la coupe Mulet, pas le roi de l’orthographe mais un mec tellement drôle. Et rugbybisquement c’est, je pense, le plus gros bosseur que je connaisse. Il n’a jamais eu de cadeau, et s’il est là aujourd’hui c’est grâce à son travail. Pour exemple, avant qu’il ne rentre au centre de formation il venait s’entraîner butter à 7 h du matin pour laisser le terrain aux pros après…
Mathias COLOMBET est certainement la personne la plus loyale que je connaisse. Un mec vrai et entier. Je suis tellement fier d’être son pote, parce que je sais que quoi qu’il arrive, dans la vie ou sur un terrain, il sera prêt à se sacrifier pour ses potes, sans même réfléchir ! Sur un terrain, c’est un super joueur, avec un brin (voire un peu plus) de folie comme dans la vie.. Je suis content qu’il ait signé avec France à 7, c’est un rugby qui lui correspond.
Pierre NUENO inséparable de Mathias, aussi fou l’un que l’autre, mais aussi tellement attachant… Quand on ne le connaît pas, il peut paraître un peu fou, mais c’est un mec avec un grand cœur, et toujours là, prêt à aider si on a besoin de quoi que ce soit. Et sur le terrain il est partout il se dépense sans compter, c’est pas le plus costaud ni le plus rapide… Mais c’est un vrai joueur de rugby, qui joue juste… !
En plus de ce petit noyau il y avait Giovanni HABEL KUFFNER, qui est le plus français des étrangers. Un mec super drôle, super bien intégré au groupe… L’une des plus belles rencontres que le rugby m’ait apporté ! Sur un terrain, c’est le joueur qui a peut être la plus grosse marge de progression que je connaisse. J’espère qu’on lui donnera la confiance qu’il mérite, car ça peut devenir un grand joueur.
William PEES, la petite surprise du chef. On avait le droit de recruter des joueurs provenant d’autres clubs afin de se renforcer pour ce tournoi. Beaucoup de club on été chercher des spécialistes de la discipline. Nous, on voulait un mec qui allait se fondre dans le groupe, qui partageait nos valeurs… Notre choix s’est directement porté vers William qui a fait ses classes à la section et qui est à Tarbes. C’était peut être l’unique joueur évoluant en fédérale 1 du tournoi, il a montré qu’il avait plus que le niveau d’être là. Dommage qu’une blessure à l’épaule l’ait contraint d’arrêter le tournoi, mais je suis content pour lui car il a vécu une belle expérience et il a montré à tout le monde son super niveau de jeu.
La seconde surprise était Nicolas CORATTO, il s’est retrouvé là un peu par hasard, après le forfait d’un joueur. Le staff ne voulant pas lâcher d’autre joueur. Après réflexion, je ne l’aurais pas échangé, même contre le meilleur joueur du monde à 7. Il n’a pas joué une minute, mais il avait toujours un mot à dire pour nous encourager. Dans le groupe il était hyper important, toujours là pour assurer la bonne ambiance !
Ensuite il y avait tous les jeunes, comme Rayne BARKA, qui a le style d’un rappeur américain, et qui pour le coup fait un tournoi d’américain (phénoménal)! Les jeunes et talentueux Bastien TUGAYE, Thibault DEBAES, Gabriel SOUVERBIE, Clément FOURNIER, Clément VERCRUYSSE, Eoghan BARRETT, et enfin Quentin BOURDIEU (avec une petite mention spéciale pour la soirée après). Ils ont tous joué le jeu a fond, même si certains ont eu très peu de temps de jeu. Ils ont eu un état d’esprit irréprochable, et c’est aussi ça qui a fait la différence et qui nous a permis d’aller aussi loin.
On a eu la chance d’être encadré par des personnes passionnées dans leurs domaines respectifs … Je pense donc naturellement à Geoffrey LANNE-PETIT. A mes yeux, l’entraîneur le plus compétent pour mener ce groupe à un tournoi de 7. Geoffrey est un jeune entraîneur, un petit peu dans l’ombre des coachs actuels, mais c’est déjà l’un des meilleurs tacticiens que j’ai pu rencontrer au cours de ma (jeune) carrière. Un passionné de rugby, qui ne cesse de vouloir apprendre et transmettre ses connaissances. Je pense que s’il continue avec cette détermination et motivation il ira loin.
Ensuite, je pense à notre préparateur physique Roxan BERNARD, une personne hyper compétente là aussi et qui a soif d’apprendre. Toujours dans le recherche de nouveaux exercices, sans cesse en remise en question, et qui ne compte pas le temps qu’il passe à travailler.. Si j’ai progressé physiquement à Pau, je lui dois beaucoup.
Il y avait Mathieu BELMONTE, (un retraité de l’armée qui travaille comme intendant au club) toujours disponible et arrangeant. Je pense aussi à notre indispensable kiné, Adrian ROUDIERE qui est une personne assez discrète habituellement, mais qui s’est parfaitement intégré dans ce groupe et qui a aussi apprécié cette expérience.
Et enfin notre phénomène Philipe POUGET, docteur du groupe, grand fan de l’OM, mais qui est prêt à se prosterner devant un joueur du PSG quand il le voit… Plus sérieusement, si je devais résumer tout ça, on ne pouvait pas rêver mieux comme staff, des personnes droites, entières et sincères. Ces valeurs, qui ont été en grande partie les clefs de notre réussite … »
Bon vent dans ton aventure clermontoise mon ami,
Alizée
Tel le phoenix qui renaît de ses cendres !
J’ai rencontré Roxane cette année alors que nous étions toutes les deux fille au pair à New-York. Elle a 25 ans et sillonne le globe depuis de nombreuses années. Pétillante, pleine de vie et d’empathie elle m’a raconté son histoire qui n’a pas toujours été rose et j’en ai fait un article parce que ça nous arrive à tous de toucher le fond. Elle nous partage aujourd’hui le déclic qui lui a un jour permis de rebondir et de s’extirper de ses peurs :
En 2018, ça faisait six années que j’étais en couple. J’ai rencontré mon copain à une période de ma vie où j’étais au plus bas. Je venais d’être déscolarisée du lycée parce que psychologiquement je traversais une période très compliquée, je ne savais pas où était ma place et je n’avais plus la force d’avancer. Je ne supportais plus de souffrir allant même jusqu’à envisager le pire. Traverser une nouvelle journée de brouillard était un supplice. Je ne voyais aucune porte de sortie, je n’avais plus goût à rien. Je me sentais incapable, l’ombre de moi-même. Cette souffrance psychologique était comme un cancer de l’âme, elle volait chaque jour un peu plus ma force et mettait à l’épreuve ma volonté de VIVRE. C’est atroce de se dire qu’à même pas 18 ans tu as perdu espoir au point d’être persuadée que la seule issue c’est d’en finir.
Quand j’ai rencontré mon copain à ce moment-là, il a été pour moi une vague d’oxygène dans ce carcan qui se resserrait sur moi. Je me suis accrochée à lui pour tenir bon, pour m’en sortir. Il avait besoin d’une personne qui dépendait de lui, moi j’avais profondément besoin d’exister à nouveau. Les premiers mois ont passé dans cette illusion qu’avec lui je pourrais m’en sortir mais très vite, et avec son aide, j’ai continué de m’éteindre. Les antidépresseurs et anxiolytiques étaient les ultimes remparts à ma chute. Je ne compte plus le nombre de crises d’angoisses que j’ai du affronter.
La crise d’angoisse est une sensation tellement atroce psychologiquement qu’elle en devient même douloureuse physiquement. Elle frappe sans prévenir, pour aucune raison particulière. Ton cœur s’emballe si fort qu’il pourrait exploser ta poitrine, tu suffoques, tu as la sensation d’étouffer, tu perds la notion des choses, le contrôle de tes émotions et il t’est impossible d’être rationnel. C’est pourquoi, même si cette relation me tirait inévitablement vers le bas, il m’était inenvisageable de le laisser. Je n’en avais pas la force. Avec le recul je comprends que notre couple ne pouvait pas avoir d’avenir. Comment trouver une stabilité amoureuse saine et pérenne quand déjà ta relation avec toi-même est particulièrement nocive et que l’autre te maintient sous son joug ?
Lorsque j’ai formulé l’envie de voyager, il a acquiescé à condition qu’après notre périple de plusieurs mois j’accepte de vivre avec lui. Notre couple était rançonné, conditionné. Finalement, ce premier voyage m’a permis de reprendre espoir et de me relever, il a alors accepté de continuer à voyager avec moi. Nous partions plusieurs mois chaque année. Au fur et à mesure j’ai repris force et confiance si bien qu’il voyait que j’évoluais et que je n’étais plus aussi dépendante de lui qu’avant. Plus j’avais la sensation de vouloir m’en sortir plus je comprenais qu’à ses yeux ce qui lui plaisait c’était que j’étais faible et vulnérable et qu’il fallait que je le reste. La vie a continué comme ça et malgré tout les voyages m’ont changée. Ils m’ont sauvée. Après plusieurs années j’ai même réussi à me libérer en supprimant mon traitement d’antidépresseurs et de xanax.
En 2018 alors que nous devions partir en Amérique du Sud, j’ai finalement trouvé la force de le quitter après six longues années de relation malsaine, de dépendance. Comme tu peux l’imaginer, la période post rupture a été compliquée parce que je doutais en permanence. Parce que mes angoisses étaient toujours présentes et que je n’arrêtais pas de me répéter que j’avais sûrement commis une erreur. Et puis, du jour au lendemain tu te retrouves inévitablement seule avec toi-même, tu n’as pas tellement d’autres choix que de faire un peu d’introspection et c’est particulièrement douloureux de devoir se confronter à tout ce que tu n’as pas voulu voir toutes ces années.
Malgré la difficulté de ma rupture j’ai refusé de me laisser couler une nouvelle fois. J’avais cet amour profond pour le voyage mais l’idée de partir seule restait inenvisageable. Mon quotidien se déroulait au rythme de mes angoisses. Dès qu’une situation m’échappait le stress m’envahissait et semblait prendre possession de mon être tout entier. Je doutais de tout et en particulier de moi. C’est terrible en réalité de s’apercevoir que tu es dépendante affectivement des autres parce que tu ne te fais pas confiance.
Pour combattre ma peine et comme mon road trip en Amérique du sud était annulé, j’ai décidé de partir en voyage au Mexique avec une copine. Deux semaines plus tard, elle m’annonçait finalement qu’elle ne pouvait plus partir. Une seconde fois en l’espace d’un mois, mon projet tombait à l’eau. Je sentais pourtant que j’avais profondément besoin de changer d’air sans toutefois trouver le courage de partir seule. J’ai alors commencé à suivre des groupes de voyage sur les réseaux sociaux dans l’idée de me trouver des compagnons de route. J’ai sympathisé avec Florent, un jeune français qui partait pour se lancer dans un Road Trip en Australie. Il m’a proposé de venir avec lui. J’ai évidemment refusé, par peur, par méfiance. Parce que c’est ce qu’on t’apprend quand tu es jeune, à te méfier de l’autre, l’autre est forcément dangereux…
Une nuit où je n’arrivais pas à dormir, encore une, une de trop, j’ai regardé les billets d’avion pour l’Australie. Je ne sais pas si c’était sous l’impulsion de la fatigue, la rage de ne plus vouloir subir ma peur ou le ras le bol de toujours attendre après les autres mais j’ai pris ces billets. C’était un mercredi, il était 5h du matin et deux jours plus tard je prenais la direction de Melbourne. Dans l’avion, je me suis d’abord demandée ce qui m’avait pris. J’allais me retrouver seule à l’autre bout du monde, moi qui n’étais même pas capable de l’être chez moi. Et puis, sans vraiment comprendre comment, j’ai lâché prise, ENFIN ! J’ai ressenti un sentiment de soulagement, de liberté et de fierté. J’avais réussi à m’affronter. Malgré mes peurs, malgré mes angoisses, malgré tous mes blocages je suis partie seule. Et je peux te dire que le jour où tu arrives à te combattre toi-même, tu deviens inarrêtable !
J’avais réservé dans une auberge de jeunesse parce que c’est quand même LE lieu de sociabilisation par excellence. Dès le premier jour, un français, Rami, m’a proposé de me joindre à sa bande de potes composée uniquement de garçons. Dans un premier temps j’ai refusé, je n’avais aucune envie de passer mon séjour avec des mecs et qui plus est des français… J’ai finalement décidé d’accepter de les rejoindre pour un apéro et on ne s’est plus quitté, un véritable coup de foudre amical. Le plus fou dans tout ça c’est que Rami venait de Nice, comme moi.

En parallèle, je partageais ma passion pour les photos de voyage sur les réseaux sociaux et j’ai rapidement acquis une communauté. J’en suis même venue à organiser des rencontres avec les personnes qui me suivaient. Moi, Roxane, la personne qui avait peur de tout, j’organisais des rencontres avec des voyageurs du monde. De ces rencontres sont nées quelques amitiés sincères et la plupart font toujours partie de ma vie aujourd’hui.
C’était incroyable de vivre toutes ces expériences avec eux. J’avais l’impression de les connaître depuis toujours. Notre relation était simple, sincère et bienveillante. Cette légèreté m’a tellement fait du bien. Elle m’a permis d’avancer et de laisser le passé derrière moi, une bonne fois pour toutes !

Alors que mon voyage touchait à sa fin, je sentais au fond que ça ne pouvait pas se terminer comme ça. J’avais enfin trouvé la paix, la quiétude. Rami m’a aidé à ouvrir les yeux sur ça. En me posant le bonnes questions il m’a permis de réaliser et surtout d’affirmer que je ne voulais pas partir. Rien ne m’attendait en France, ni travail, ni relation et même s’il y avait eu une raison de rentrer, elle n’aurait jamais été plus importante que mon bonheur retrouvé. Ce qui est génial quand tu commences à t’écouter c’est que la vie devient plus facile. Alors c’était bien beau d’avoir pris cette décision de rester mais encore fallait-il trouver un plan pour continuer car j’avais un visa touristique et plus un sou en poche. La magie des réseaux sociaux a, une fois de plus, opéré. J’ai trouvé des annonces de familles qui recherchaient une fille au pair. J’ai postulé et je suis partie du principe que si le résultat était concluant c’est que la vie m’envoyait un signe pour rester. Après plusieurs entretiens Skype inopérants avec différentes familles j’allais laisser tomber quand je suis tombée sur une ultime annonce. En postulant j’obtenais un entretien le lendemain, c’était un jeudi à 17h sachant que mon vol retour vers la France était le vendredi à 7h du matin…
Lorsque je me suis rendue à l’entretien je suis arrivée dans une propriété d’une luxure à peine croyable. Au fur et à mesure du rendez-vous je comprends que les parents me proposent de garder leurs enfants et d’être la gouvernante de la maison (du palace). En échange j’aurais un très bon salaire, mon appartement indépendant et une Mercedes de fonction. Et évidemment ma première réflexion a été de me dire que c’était une arnaque, que c’était trop beau pour être vrai. Je réalisais que je prenais un risque énorme en acceptant car si je décidais finalement de ne pas prendre mon vol et que ça se passait mal, je n’avais plus d’argent pour me payer un autre billet retour. Malgré tout j’ai décidé d’écouter mon intuition qui me hurlait de rester et de saisir cette opportunité. Et j’ai bien fait parce que je suis restée six mois de plus en Australie. Six mois de rencontres, de découvertes, de liberté. Six mois durant lesquels j’ai appris à me connaître, à m’aimer, à me faire confiance. La magie dans toute cette histoire c’est que j’ai eu le déclic et depuis je n’ai plus jamais douté, mes angoisses, mes blocages se sont envolés. En réalité ce n’est pas de la magie, j’ai changé d’état d’esprit envers les autres, envers moi-même.

Je vous disais plus haut que l’on nous a appris en général à se méfier de l’autre, de celui qu’on ne connaît pas. La réalité c’est que j’ai parcouru le globe et que pas une seule fois je ne me suis sentie en insécurité. Et plus les kilomètres passaient plus j’avais confiance en moi et de ce fait en l’autre. Parce qu’évidemment il y a des situations à éviter, le risque zéro n’existe pas mais dans la grande majorité les gens sont bienveillants.
Sur ta route tu rencontreras des personnes dont la personnalité fera particulièrement écho en toi et te permettra de t’élever un peu plus. Tu auras la sensation d’être au bon endroit, au bon moment. Alors ose, fais ce que tu as toujours rêvé de faire, n’attends pas les autres, personne ne viendra te chercher !
Alizée
« Si je devais résumer ma vie aujourd’hui avec vous, je dirais que c’est avant tout des rencontres, des gens qui m’ont tendu la main »
Je suis actuellement dans un hôtel aux portes de San José, la capitale du Costa Rica. Mon périple touche à sa fin. L’ambassade m’a appelée il y a de ça une semaine pour m’informer qu’un ultime vol de rapatriement aurait lieu ce jeudi 16 avril et qu’il m’était vivement conseillé de le prendre. En effet, personne n’est actuellement en mesure de dire dans combien de temps les lignes aériennes internationales vont rouvrir. L’activité touristique à Sámara, comme partout ailleurs dans le monde, s’est éteinte. Ainsi, je n’ai plus tellement de travail à fournir auprès de Heiner et Martine qui, touchés de plein fouet, ne peuvent plus se permettre d’avoir une volontaire à charge. La décision de rentrer s’est donc imposée à moi.
Après des « hasta la proxima » particulièrement compliqués, j’ai pris deux bus en direction de la capitale. Munie de gants et d’un masque de chantier j’étais prête à affronter cette horde de gens pour qui les gestes barrières étaient clairement conceptuels. Après 6 heures de bus la chance m’a une nouvelle fois souri puisqu’il s’est trouvé que, se rendant jusqu’au centre ville de San José, le bus passait devant mon hôtel situé dans la ville en amont. Après avoir négocié avec le chauffeur, ce dernier a accepté de s’arrêter devant pour me laisser descendre. Sur le papier ça paraissait être une excellente idée et tandis que le bus poursuivait sa route, je me suis paisiblement endormie en attendant d’arriver à bon port. Effectivement, le chauffeur ne m’a pas oubliée et s’est arrêté à l’endroit entendu. Ma camarade de siège m’a alors réveillée pour que je descende. Dans la précipitation c’est tout juste si je n’ai pas oublié mon sac à dos. J’étais toute fière à l’idée d’arriver à l’hôtel sans devoir prendre un énième transport (à ce moment-là du récit vous vous doutez bien qu’il y a eu un couac… et pour cause). Quelle ne fût pas ma surprise, une fois le bus parti, de constater qu’il m’avait laissée au bord d’une 4 voies et que mon hôtel se situait… de l’autre côté. Après avoir cherché l’existence d’un éventuel pont, chemin, sous-terrain, tapis volant.. en vain, j’ai dû me résigner à l’idée qu’il me faudrait la traverser à pied. Je rajouterai simplement que dans l’hypothèse où vous voudriez tester vos reflexes et votre foulée, c’est un exercice que je vous suggère.
J’écris ces mots dans le jardin de l’hôtel, je suis pour le moment la seule cliente. C’est une expérience tellement étrange. Je me sens privilégiée. Le jardin est magnifique, des arbres tropicaux bordent une jolie piscine. Il y a un énorme manguier et la propriétaire Emma m’a invitée à en manger autant que je le souhaitais. Il n’y a pas de bruit, seuls le chant des oiseaux et les « holà » du perroquet Camilla m’accompagnent. J’ai l’impression d’être seule au monde.
A ce moment-là, habitée par des sentiments parfaitement antagoniques, je ressens le besoin de faire une sorte de bilan.
D’un côté je me sens apaisée, profondément reconnaissante de tout ce que j’ai vécu et simplement heureuse à l’idée de revoir ma famille. Mais, aussitôt, je suis submergée par la tristesse. Au delà du village paradisiaque que je quittais, j’avais la sensation de laisser derrière moi l’équilibre que j’avais enfin retrouvé. Pendant des mois et des mois avant de partir à l’étranger, j’ai traversé cette phase où je ne savais plus ce que je voulais, si ce que je faisais avait du sens pour moi. Le sentiment irrépressible d’avoir peur de prendre la mauvaise décision, le mauvais chemin alors que tout le monde semble avancer autour de soi. Quand je suis à l’étranger ces doutes s’envolent parce que je suis inévitablement dans l’instant présent, dans la découverte non seulement de mon environnement, des autres mais surtout de moi. J’en apprends tous les jours un peu plus sur mes capacités d’adaptation, de dépassement, de courage. Le fait d’être dans un milieu différent, hors du cercle familial, amical ou professionnel est tellement libérateur. Tu n’es plus influencé par tes proches, tu ne te sens plus obligé de faire les choses parce que c’est ce qu’on attend de toi. Tu n’as plus cette pression de décevoir parce que tu n’es pas là où on t’attend. Tu VIS, simplement, et je peux t’assurer que ce sentiment de liberté absolu c’est la meilleure thérapie du monde.

Parce que c’est si dur d’être honnête avec soi-même, d’oser s’avouer que finalement on n’est pas très heureux dans notre travail, dans notre couple, dans notre vie. Mais c’est tellement effrayant de quitter cette situation que l’on connaît, aussi inconfortable soit-elle, de bouleverser ses habitudes pour un idéal qui n’existe pas encore et qui ne dépend que de nous, de nos choix, d’un déclic. Mais la vraie question c’est, est-ce qu’à force de faire l’autruche et d’ignorer ce qui m’anime vraiment au profit de ce que je connais, ce qui me rassure, ce qui est normal, je ne vais pas un jour me réveiller avec la conviction d’être passée à côté de quelque chose ? Le voyage m’a permis de prendre la mesure de ma faculté à me voiler la face sur tout ça.
Alors évidemment, partir seule vivre à l’étranger ce n’est pas tout rose non plus surtout si comme moi tu laisses derrière toi une famille et des amis incroyables. Inévitablement, tu rates des moments précieux, des moments de retrouvailles, des moments importants; la naissance de ma nièce, le décès de ma grand-mère. J’aimais tellement cette femme, sa force, son indépendance ; je ne me suis toujours pas pardonnée d’être absente pour lui dire au revoir. Il arrive aussi que tu te sentes seul, tu n’as pas le confort d’être chez toi, de pouvoir te réfugier dans un endroit rassurant quand parfois le doute t’envahit. Et puis heureusement tu rencontres des personnes bienveillantes. Et de ces rencontres naissent le plus souvent des amitiés sincères, parce que nous traversons les mêmes épreuves, nous sommes habités par les mêmes émotions, submergés par les mêmes questionnements ; alors forcément ça rapproche. Tu te nourris de leurs expériences et très vite tes incertitudes sont balayées et l’euphorie de l’aventure reprend le dessus.
Pour toutes ces raisons j’étais effrayée à l’idée de rentrer, à l’idée de retrouver ce quotidien qui n’aura pas changé. De recevoir ces mêmes questions sur mon avenir alors que je n’en ai même pas le début du commencement de la moindre idée. Que tout le monde commence à parler « bébé, maison, CDI » et que ça me donne envie de m’évanouir. Qu’on ne se méprenne pas, chacun fait bien comme il veut et c’est génial si c’est ce que tu désires. C’est juste que je me sens tellement pas concernée par tout ça que j’ai l’impression de ne plus être sur la même planète. J’ai toujours été tellement admirative de ceux qui avaient une idée claire et précise de ce à quoi ressemblerait leur vie et qui ils voulaient être pour le restant de leurs jours. J’en suis incapable. Bon, je ne pars pas totalement de zéro, j’adore apprendre et découvrir. Ce qui m’anime c’est écrire, c’est servir les causes qui font du sens même si elles semblent désespérées (surtout si elles semblent désespérées), c’est l’art de la communication dans ce qu’elle a de plus noble, c’est le règlement des conflits à l’amiable parce que ça existe et que c’est clairement sous côté.
Je suis partie il y a 6 mois de ça pour fuir. Je me sentais nulle d’avoir échoué. Je ne savais pas comment rebondir. J’avais peur. Peur parce que pour la première fois de ma vie je n’avais pas de plan B, pas de perspective derrière. Et puis j’ai décidé de partir. C’est étrange comme concept quand on y pense, partir dans l’inconnu pour se trouver. Le plus fou c’est que ça marche et que mis à part les billets d’avion, ça ne m’a rien couté grâce au système du volontariat ou celui de fille au pair (pas de panique les boys vous pouvez être au garçon au pair aussi).
Ce que j’ai le plus aimé du Costa Rica s’explique en une phrase « con poco pero con mucho » (avec peu mais avec beaucoup). Je n’avais quasiment aucun bien matériel. Je vivais avec une paire de tongs, 3 tee-shirts, 1 slip (enfin t’as compris quoi). Mais j’avais tout ce qu’il me fallait. J’allais me promener dans le village pour cueillir des mangues, je prenais mon vélo pour aller à la plage. Les locaux sont devenus mes amis et j’ai appris à vivre comme eux. Ils m’ont fait découvrir leur quotidien avec passion. Mes journées se résumaient en une expression PURA VIDA. Ils ont cette étincelle contagieuse de bonheur dans leur regard. Ils ont cet attachement sincère à la nature et vivent en harmonie avec elle. Ils sont conscients de leur chance de pouvoir profiter de tout ce qu’elle offre. Ils m’ont appris à surfer, m’ont emmenée pêcher en mer sur un kayak puis à la rencontre des dauphins. J’ai passé des heures sur les plages désertes à admirer les couchers de soleil somptueux laissant place à la nuit où des étoiles filantes dansaient dans le ciel. J’ai découvert ou redécouvert les spécialités latines : la danse, la musique, la cuisine. Ils ont le sens du partage, de la fête. Le quotidien est souvent rude compte tenu du niveau de vie mais ils te diront que le principal c’est qu’il fait beau, chaud, qu’il y a le pacifique, des chevaux en liberté sur la plage, des immenses noix de coco « pipa fria » dans les arbres, qu’il y a la nature et les animaux exotiques, qu’il y a de bonnes vagues pour surfer et des amis pour profiter.
J’ai aussi été fascinée de constater qu’à l’international les mêmes problématiques personnelles reviennent. La peur de ne pas réussir, de ne pas être accepté, d’être seul, d’être ridicule. L’humain a un profond besoin d’appartenance et de reconnaissance. Moi la première en écrivant ce blog, j’avais peur d’être moquée et critiquée. Parce que finalement les histoires d’Alizée sur son cheval on n’en a à peu près rien à foutre. Mais finalement les critiques positives ou négatives sont géniales parce qu’elles permettent d’avancer et de grandir. Et ce qui m’a le plus encouragée c’est de savoir que même en ne vivant pas les mêmes choses que moi des personnes ont pu s’identifier à mes émotions, mes turpitudes, mes questionnements. C’est de comprendre qu’on est plus nombreux qu’on ne le pense à se poser un milliard de questions, à piétiner parfois, se tromper souvent et ça donne du courage je trouve de se dire qu’on n’est pas seul(e). Que d’autres sont passés, passent ou passeront par là. Se tirer vers le haut et s’accompagner avec bienveillance c’est ce que j’ai envie de transmettre avec mes écrits, en étant vulnérable, maladroite mais honnête.
J’ai envie de vous laisser avec un mythe mélanésien qui résume tout et que j’adore :
« Tout homme est tiraillé entre deux besoins. Le besoin de la Pirogue, c’est-à-dire du voyage, de l’arrachement à soi-même, et le besoin de l’Arbre, c’est-à-dire de l’enracinement, de l’identité.
Les hommes errent constamment entre ces deux besoins en cédant tantôt à l’un, tantôt à l’autre jusqu’au jour où ils comprennent que c’est avec l’Arbre qu’on fabrique la Pirogue. »
On s’entend ici la pirogue n’est pas seulement une métaphore du voyage, elle représente plus généralement les nouvelles expériences, les projets que l’on rêve de réaliser ; ceux qui nous animent tout autant qu’ils nous donnent le vertige. Ce sentiment irrépressible de liberté qui nous saisit parfois (tous les jours ?). Tandis que l’arbre représente notre entourage, nos convictions, nos habitudes, en somme notre stabilité. L’idée c’est que tes expériences passées, ton environnement (quand il est bien choisi) et tes échecs t’aideront à voguer vers tes nouvelles ambitions. Je dirais même que si un projet te tient à cœur mais que tu as peur fais-le. SI TU AS PEUR FAIS-LE !
Hasta la proxima,
Alizée
Ma vie, cette comédie musicale !
Les jours se sont succédés à une vitesse folle. J’ai été littéralement happée par ce nouveau quotidien rempli de rencontres, animé d’activités, rythmé de musique, débordant d’euphorie, vivifiant de nature, savoureux de liberté. Je te souhaite profondément de connaître ce sentiment de plénitude absolue qui m’a accompagné durant ces dernières semaines.
Tout d’abord et parce que je sais que mon dernier article t’a laissé pantois quant à mon statut de guide à cheval ; je te confirme que les jours qui ont suivi, j’ai effectivement pris les rênes des excursions (oui le jeu de mot c’est cadeau, ça me fait plaisir). Ma première sortie en tant que guide unique restera, si ce n’est dans les annales, au moins dans ma mémoire tant je me suis sentie incroyablement incompétente.
Même s’il est vrai que je connaissais le parcours comme ma poche pour l’avoir fait plusieurs fois avec Heiner, j’ai eu plus de difficulté à enregistrer mais surtout retranscrire aux touristes mon « texte » sur la faune et la flore environnantes. Martine m’avait rédigé des notes en anglais sur plusieurs pages afin que je les apprenne et puisse les répéter, telle une 6e A subissant son premier oral de langue vivante.
Pour être sûre de n’oublier aucun terme technique, j’ai pris le parti de glisser soigneusement les précieuses fiches dans mon leggin. Dans l’idée je n’aurai qu’à les zieuter discrètement si un mot me manquait. Malheureusement, cette fulgurance s’est avérée inopérante lorsque, le moment venu, j’ai tenté de sortir les pense-bêtes. En effet, ces derniers avaient entre temps filé dans les méandres de mon pantalon, alors que j’essayais d’emmener mon cheval sur le droit chemin tandis que lui prenait incontestablement le gauche. L’opération s’est définitivement soldée par un échec lorsque dans un dernier élan de maladresse j’ai laissé échappé mes notes, lesquelles ont été joyeusement piétinées par l’ensemble de la cavalerie sous mes yeux ébahis. BREF, qu’importe, l’improvisation c’est 70% de ma vie de toute façon donc cette nouvelle étape n’allait pas déroger à la règle. Je me suis alors lancée à cœur et corps perdus dans un yaourt parfaitement inaudible pour donner des explications à mes chers touristes qui, de toute évidence, n’en demandaient pas tant… Heureusement, à force de répéter la même chose tous les jours, mon texte a fini par être maitrisé et parfaitement compréhensible. Je me suis même essayée à quelques blagues volées à mon mentor. Et même si cela m’a valu plusieurs moments de solitude ponctués par un « aaaaall right, follow me, we continue », j’ai, a maintes reprises, fait rire mon assemblée ; ma fierté se trouvant, à cet instant T, à son paroxysme !
J’utilise beaucoup l’autodérision mais en réalité la majorité des excursions se sont déroulées à merveille. Mon quotidien se résumait à guider des personnes dans des lieux paradisiaques et les regarder sourire, profiter, s’émerveiller… Je dis la majorité et non la totalité car évidemment toute règle a son exception. En effet, ça aurait été trop facile si l’une de mes sorties ne s’était pas ponctuée par la chute d’un client. Deux chutes vous dites ? Bon OK deux chutes et puisqu’ils s’en sont finalement sortis indemnes, je veux bien vous conter ces deux hécatombes consécutives.
Ce tour se composait d’une jolie petite famille américaine. (Tu te souviens peut-être de ma hantise imaginaire dans mon précédent article ; eh bien nous y étions en plein dedans) : En arrivant sur la plage, je propose machinalement à mes clients de finir l’excursion en apothéose par un galop sur le sable fin. Tous acceptent dans une excitation à peine contenue. Et, alors que je finis de donner les dernières consignes de sécurité dans l’indifférence générale, Dylan, à peu près aussi grand que large, le cadet de la famille, s’élance avec son cheval. Je comprends immédiatement au regard de sa posture que Dylan allait très prochainement défier les lois de la gravité et… perdre ! Son corps penchait irrémédiablement sur la gauche de manière inversement proportionnelle à l’avancée de sa monture. C’est ainsi que, sous mon regard impuissant et celui de sa famille, Dylan a chuté, FORT ! Après l’avoir consolé, lui qui n’était plus que larmes et sable et, alors que je venais de le remettre sur son cheval ; son père, qui se prenait pour un Cowboy depuis le début du tour, a entrepris de descendre de son cheval pour jouer à l’archéomalacologue (mais si tu sais celui qui étudie les coquillages). Jusque-là tout allait bien mais c’est lorsque ce dernier a entrepris de remonter sur son cheval que l’univers lui a répondu un grand NON.
Le pied posé dans l’étrier, il a balancé sa jambe pour se propulser sur le dos de l’animal sauf que la selle a vrillé sous son poids. Le tout de l’opération a fait perdre l’équilibre au cheval lui-même. Je ne sais par quel miracle super Daddy ne s’est pas retrouvé mort, écrasé sous ce pauvre Hercules. La scène était déjà très grotesque mais nous avons incontestablement touché le fond lorsque super Daddy nous a tous planté là et est allé s’asseoir seul, face à l’océan, pendant une dizaine de minutes. Sa femme m’expliquant alors que dans ces moments-là « it’s better to leave him alone ». Génial… Il a donc fallu attendre que Monsieur Susceptible ait fini de faire le point sur sa vie pour enfin mettre un terme à ce cirque incommensurable et regagner chacun le cours de nos vies. Inutile de préciser que cette fois là, je me suis assise sur mon pourboire !
Fort heureusement toutes les autres excursions que j’ai effectuées se sont déroulées à merveille. Ce que j’ai le plus adoré c’est d’avoir l’opportunité de rencontrer des personnes venues du monde entier (Asie, Océanie, Europe, Amérique… quelle richesse de culture). Ma rencontre la plus improbable restera Ephraïm.
Ephraïm est un américain vivant à New-York. Il est venu au Costa Rica pour quelques jours. Jusque-là rien d’extravagant. Puis vient le moment où je lui demande ce qu’il fait dans la vie ; et là, il me répond avec un naturel déroutant : « Je joue le premier rôle dans une comédie musicale à Broadway. » (A savoir Mickael Jackson dans « MJ : The Musical »). Donc à ce moment précis j’étais à deux doigts de sauter de joie sur mon cheval. Vous ne le savez peut-être pas mais je suis une grande fan des comédies musicales. J’ai eu la chance d’en voir plusieurs dans ma vie dont deux à Broadway et à chaque fois j’étais comme une enfant. En réalité, j’étais tellement impressionnée que la seule chose que j’ai trouvé à lui répondre c’est : « Ah c’est cool ! » … Je lui ai dit AH C’EST COOL punaise, en ne prenant même pas la peine de le traduire en anglais d’ailleurs. Thanks god, j’ai rapidement retrouvé mes esprits et nous avons poursuivis cette conversation surréaliste jusqu’à la fin de l’excursion.
Une fois rentrés, je devais m’occuper des chevaux si bien que je n’ai pas eu le temps de lui dire au revoir. Je me suis dit que c’était dommage parce que c’est pas tous les jours que l’on rencontre Michael Jackson; mais de toute façon il devait vouloir être tranquille compte tenu de son rythme de vie. Comme pour tous les touristes habituels, je me suis donc contentée de lui envoyer un mail avec toutes les photos de la balade en lui souhaitant une belle fin de séjour et DEVINEZ QUOI ? Il m’a immédiatement répondu en me proposant d’aller boire un verre ! J’aime tellement quand les hasards de la vie jouent leur partition et viennent chambouler le cours paisible du quotidien.
La vie ici est incroyable, elle est si simple et pourtant si intense ; ici ils disent « con poco pero con mucho »… Je ne pourrai pas mieux dire !
A très vite,
Alizée





















